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 Vengeance

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cavalier666noir
Grand Guerrier
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MessageSujet: Vengeance   Dim 13 Fév - 15:04

Sa vie était ratée. Ratée, misérable et, surtout, indésirable. Ses parents, des êtres sans cœur, ne l’aimaient pas. La seule personne qui lui donnait de l’amour était son frère. Son frère, son aîné, qui le rassurait, jouait avec lui, le protégeait, le consolait… qui faisait tout pour lui. Les Viparians avaient toujours été ainsi : cruels, froids, agressifs… une race instable, mauvaise. Il aurait tout donné pour être autre chose. Un Milite aurait fait l’affaire. Un Hérouk l’aurait comblé. Même un humain était passable. Mais il était né dans la peau d’un pauvre petit Viparian, chétif, battu, triste et désespéré. Deux initiatives étaient possibles : un traitement qui le rendrait doux comme un agneau, donc, incapable de se défendre, et un développement… normal. Normal. C’était un mot empli d’ironie. Ils se mettaient à avoir des comportements étranges, voir totalement violents et gratuits. Tous les Viparians qui n’avaient pas eu le fameux traitement s’étaient fait incarcérer. Tous sans exceptions. Comment, alors, affirmer que c’était normal? Il n’y avait pas de normalité dans ce bas monde, ni de justice. Dans la vie, on devait se faire justice soi-même. Quand on était trop petit pour le faire, on trouvait plus fort que soi pour le faire.

Il s’imaginait en Hérouk. Cette race était puissante, voir la plus puissante, mais surtout, respectée et aimée. Personne ne détestait les Hérouks. C’était un peuple droit, honorable, loyal, courageux, des justiciers, releveurs de tors, des exemples vivants. Ce n’était pas une question de puissance… mais d’alignement. Les Hérouks était foncièrement bons. Les Viparians était tout simplement mauvais. Par contre, ils s’équivalaient en puissance. Ils étaient des opposés.

Même en Milite, sa condition aurait été meilleure. Les Milites avaient mauvaise réputation depuis que l’un d’entre eux, longtemps avant, avait tyrannisé les habitants de leur continent en entier. Ils ne criaient donc pas sur les toits qu’ils étaient Milites. Cette erreur leur valait, également, des emplois minables. Encore là, ils étaient mieux munis que lui.

Ce genre de pensées lui traversait l’esprit à chaque fois. À chaque coups. Ça n’était pas différent maintenant.

Sa vue était embrouillée. Il espéra que ce soit justement causé par le coup, qu’il venait de recevoir. Il priait pour que ce ne soit pas des larmes. Si c’était le cas, la fureur de son père augmenterait et c’est sur lui, petit enfant de huit ans, qu’il laisserait déferler sa rage. Il se demandait souvent comment son paternel faisait pour le battre avec autant de rigueur : à presque toutes les fois, son aîné avait droit à presqu’une heure de sévices physiques, avant lui. Et à chaque fois où ça se produisait, son père l’obligeait à regarder, le coinçant dans un coin. Il tourna son regard sur son frère. Le pauvre était écrasé face à lui, contre le mur, encore haletant, la lèvre inférieur fendue, un œil exagérément gonflé, des équimauses argentés recouvrant son corps. Il se tenait les côtes, le visage crispé, figé dans un rictus de douleur, peinant à le regarder avec son œil enflé. Il le regardait tout de même, lui faisant signe de se taire, plaçant un doigt tremblant devant ses lèvres. C’était le meilleur conseil qu’il pouvait avoir pour le moment. Son grand-frère l’aimait et continuait à le protéger, même dans ces moments. Quelqu’un l’aimait.

Un autre coup le frappa de plein fouet, à la tête, l’affalant sur le coté. Il resta étendu, ne bougeant pas, espérant faire passer plus rapidement les prochaines minutes. Son père s’approcha, davantage en colère, les yeux rougeoyants. C’était très mauvais signe. Il vit, du coin de l’œil, du mouvement et leva les yeux. Son frère se tenait devant lui, les jambes oscillant dangereusement, dans un équilibre précaire. Il l’entendait parler, se donnant toute la responsabilité, regardant avec défi le père, qui ne faisait que s’envenimer. Il prit un dur coup sur la mâchoire, tourna de quatre-vingt dix degré sur lui-même et s’écrasa sur le ventre, faisant résonner un craquement étouffé. Le père le regarda, lâcha une insulte et partit, les laissant étendus sur le sol. D’où il était, il voyait les jambes de son frère, mais rien de plus, l’empêchant de savoir s’il était davantage blessé. Il fit un effort surhumain pour se mettre sur les genoux, un second pour se redresser, puis un dernier pour se mettre debout. Il chancelait. Il alla d’un pas boitillant devant son frère, s’accroupissant devant lui, regardant ses yeux, mi-clos et fixant le vide, le secoua un peu et sourit en le voyant remuer. Il vivait encore. Il le poussa à se mettre debout, l’entendant geindre sous l’effort, l’aida à marcher et l’emmena hors de la maison, dans le boisé. C’était leur sanctuaire, là où ils attendaient que la tempête passe et où ils se remettaient du dur traitement qu’on leur imposait. Il aida son frère à s’asseoir, remarquant son visage crispé, s’installa devant lui et l’examina. Il avait de nombreuses contusions… et certainement une côte cassée. La même que le mois d’avant. Tout était sa faute. Il avait demandé à son aîné, plus grand, de subtiliser de la nourriture. Son frère l’avait naturellement fait et ils s’étaient tout deux fait prendre la main dans le sac. Encore une fois, c’était sa faute. Il sentit les larmes monter à ses yeux, puis, une main venir les essuyer. Son frère lui souriait, lui disait que ce n’était pas grave, qu’il l’aimait. Quelqu’un l’aimait.

Ce genre d’évènement était courant chez eux. Habituel, même. Ça avait été pire pendant son enfance, les deux frères n’étant que des bambins sans défenses et toujours à la maison, étant trop jeunes pour aller à l’école. L’école. C’était une invention totalement humaine, que ceux de leur monde avaient reprise. L’école était un endroit de tourment pour la plupart des enfants humains, et ce n’était que pire pour eux, qui étaient mêlé à différentes races.

Au primaire, parce qu’ils avaient aussi repris les noms, ils n’avaient pas été gâtés. Son grand-frère, deux ans en avance sur lui, subissait la haine des autres enfants sans sourciller, ayant suivi le fameux traitement, qui lui enlevait toute agressivité. Il les défendait donc tout les deux. Ses pouvoirs avaient commencé à apparaître vers sa deuxième année, lui permettant de se faire respecter, d’une certaine façon. Il était exclu dans un coin de la classe et était gardé à l’intérieur pendant les récréations, restant avec son grand-frère, qui lui apprenait quelques trucs en avance. Les isoler restait une bonne solution à l’école, évitant des situations de conflit, mais une fois les cours finis, ils y passaient de toute façon. Et quand ils revenaient en piteux état, ils méritaient une seconde séance de sévices corporels. Leur père, même s’il regrettait de les avoir, détestait les voir perdre. Il leur faisait payer amèrement chaque échec.

Au secondaire, ça ne s’était pas arrangé. Les professeurs avaient peur d’eux. Les autres adolescents cherchaient la confrontation. Ils réussissaient à l’avoir avec lui, mais avec son aîné, ils n’arrivaient à rien et ils en profitaient pour l’humilier. Encore un fois, il prit leur défense à eux deux. Ça lui valut plusieurs suspensions… mais moins de moments où son père les battait. Un mal pour un bien. Un bon jour, il avait failli tuer un autre élève, qui avait battu son frère, ce qui lui avait valu de franches félicitations de la part de son paternel. Puis, alors qu’il finissait ses études, il avait entendu ses parents. Ils parlaient de lui enlever ses pouvoirs, de le rendre aussi inoffensif que son frère, que son père s’était remis à martyriser. Quelque chose s’était brisée en lui. Il ne s’était rappelé de rien, sinon du sang sur ses mains et de la mine effrayée de son aîné, puis de sa fuite. Le reste de sa vie restait très vague, ses souvenirs constellés d’espaces manquant. Il essayait toujours de se souvenir de ces dits passages, même aujourd’hui.

Ils l’avaient attaché solidement aux poignets, aux chevilles, les quatre reliés entre eux, et lui avaient passé un sac sur la tête. Ils le faisaient avancer dans l’assemblé, le plaçant devant le juge, à la droite du jury. Il ne comprenait pas ce qu’il faisait là. Qu’avait-il pu bien faire? Il l’ignorait.

Ils étaient venus le chercher chez lui, armés jusqu’aux dents, avaient défoncés la porte et avaient fouillés la maison. Lui, revenant d’une marche, les avait vu sortir, puis le fixer. Ils étaient partis à sa poursuite et il avait déguerpi, se demandant bien ce que des gens armés lui voulaient. Ils avaient fini par le rattraper… puis, le noir. Il se rappelait avoir été couvert de sang, sans vraiment savoir pourquoi mais en étant convaincu que ce n’était pas le sien, attaché et envoyé dans l’arrière d’un chariot, bâillonné et les yeux bandés. Et là, ils l’accusaient d’une panoplie d’agressions en tout genre, la plupart étant des meurtres, le jugeant sans lui donner la possibilité de se défendre. S’il avait commis de tels crimes, il aurait été au courant, non? Il se taisait, essayant de comprendre. Les gens ne pouvaient pas voir son visage, donc, ne voyaient pas sa mine perdue. Il ne savait franchement pas pourquoi on l’accusait de tout ça.

Des témoins passèrent, racontant leur expérience, d’autres racontant celle des défunts, écoutés avec attention par le jury et le juge. Vint le moment où on lui demanda sa version des faits. Il ne sut pas quoi dire. Ils lui retirèrent donc le sac, examinant son expression : il semblait perdu, les yeux emplis de larmes, n’osant pas regarder ces gens, qui l’accusaient de tous leurs maux. Il n’avait ni plaidé coupable, ni innocent. Puis, une femme, mère d’une de ces soi-disant victimes, avait passé à un cheveu de lui bondir dessus. Un autre moment de noir s’était imposé et il avait oublié ce qui s’était passé. Il se rappelait la femme, assise sur le planché, le regardant avec effroi, les gardes le retenant, lui au bout de ses chaînes… Et il était retombé dans un moment d’incompréhension. Ils l’avaient emmené, le traînant de force, lui avaient remis un bandeau, puis, suite à un long voyage, l’avaient enfermé dans une cellule. Cellule où il croupissait encore et où il se remémorait ses souvenirs.

Son endroit préféré était le rebord de la fenêtre, où il s’installait et observait la mer, dehors, sentait la brise salée, oubliait un peu qu’il se trouvait là. Il s’était forgé une réputation en béton, ce qui l’empêchait de se faire trop d’ennemis… et trop d’amis. Les gens qui étaient enfermés dans cet endroit n’étaient pas des enfants de cœur. Il s’était également mis à haïr le monde extérieur, les personnes qui avaient le droit d’y vivre, en particulier les gardes qui le gardaient à l’œil. Ils étaient… étranges. Dans tout les cas, il les trouvait étranges. Ceux qui s’occupaient de lui étaient humains, avaient même une famille, et ça lui rappelait sa propre fille. Elle lui manquait affreusement, même si elle ne l’avait jamais aimé, et il se demandait à quoi elle ressemblait. Il se demandait également à quoi son frère ressemblait, ce dernier n’étant pas venu au procès.

Sa routine, elle, était d’une simplicité irritante : il dormait, faisait de l’exercice… et résistait à ses gardes. Ce dernier point était sa seule source d’amusement. Il avait refusé, presque trois mois auparavant, de se nourrir, les obligeant à le gaver aux deux jours, et il ne les laissait que très rarement faire. À chaque fois, ils devaient le maîtriser, lui injecter des calmants, et encore, l’attacher à une chaise. Il s’était également infligé une autre sanction personnelle… mais pas par amusement. Les gens qui ne connaissaient pas les circonstances ne pouvaient pas comprendre. Depuis son incarcération, il avait été, sans cesse, visité par des psychologues, un autre terme volé aux humains, qui le bombardaient de questions en tout genre, et dont il était tenu de répondre, sous peine de se faire drogué. Pour ne plus avoir à subir ce sévisse, il s’était coupé la langue. Les gardes s’étaient demandés ce qui c’était passé. Ils étaient arrivés et l’avait retrouvé la bouche pleine de sang… mais sans langue. Cette dernière avait disparue. C’est après l’avoir examiné qu’ils avaient compris : il se l’était coupé à coup de dents et, de peur qu’on ne la recouse, il l’avait très certainement avalé, ou envoyé par la fenêtre. Les gardes préféraient se dire que c’était la deuxième hypothèse qu’il avait utilisée… mais ce n’était pas le cas. Ça avait été douloureux. Il y avait longuement songé. S’il s’était contenté de la lancer par la fenêtre, où il avait peine à passer sa main à cause des barreaux, ils auraient pu la retrouver. Il avait donc du la faire disparaître. Il avait passé à un poil d’être malade, répugnant à avaler une partie de lui-même. Mais il avait pensé à autre chose et ça avait passé, essayant plutôt d’arrêter son saignement. Cet acte lui avait valu une autre sorte de réputation : on le croyait fou, pire même.

Cette fameuse réputation… tout ceux qui la connaissaient, ce qui se résumait à tout ceux qui étaient au courant de l’actualité, savaient qu’il ne se laissait pas marcher sur les pieds, qu’il ne se laissait rien imposer, qu’il en avait marre de devoir répondre à des questions stupides… et qu’il était accusé de plusieurs meurtres, dont il était certain de ne pas en être l’auteur. C’était sa vision des choses. En fait, il était connu pour être très violent envers ses confrères prisonniers. Il avait cassé plusieurs membres au dernier qui avait osé se moquer de lui. Il avait failli en tuer un autre, à la cantine, qui avait craché dans son repas, du temps qu’il mangeait encore par ses propres moyens. Il avait également envoyé un garde aux urgences… et on n’avait plus jamais entendu parler de lui, comme s’il avait disparut. On le connaissait également pour ne jamais être docile. Il s’était toujours débattu et il continuerait. Il était l’auteur de ces meurtres.

L’un d’entre eux avait été très violent. Il s’était attaqué à une maison où vivaient deux Hérouks et une Milite. La Milite avait été, selon toute vraisemblance, facile à éliminer. Il s’était fait un malin plaisir à la faire agoniser devant les deux autres. Pour ne pas avoir de problème avec elle, il avait prit son enfant en otage, ce qui l’avait rendu si inoffensive. La Hérouk avait réagi de la même façon durant les premières minutes, mais dès qu’il avait touché sa belle-sœur, elle lui avait bondi dessus. Ça avait été une lutte assez longue, mais le Viparian en était sortit vainqueur. Il avait ensuite voulu enfermer l’enfant, ne voulant pas le voir avertir de potentiels voisins, mais il avait disparut. Il avait donc mis le feu à la maison et était sorti. Il avait regardé son travail, l’air satisfait, riant même, et s’était rendu compte qu’une troisième personne arrivait derrière lui. La personne en question s’était arrêtée, regardant le spectacle avec horreur, l’avait remarqué et lui avait foncé dessus, la rage l’animant. Il avait dévié sa charge, avait bloqué sa deuxième et avait fini par l’assommer. Il était ensuite parti, laissant l’homme, le Hérouk, là, sachant très bien que son acte le ferait souffrir davantage qu’une torture. Le Hérouk en question n’avait pas pu témoigner, étant vraisemblablement le garde qu’il avait failli éliminer. Ce que les autorités trouvaient étrange était l’expression du Viparian quand on l’avait accusé. Il avait eu l’air franchement scandalisé, perplexe et confus. Il leur avait expliqué sa version des faits… qui avait été tout sauf crédible. Tout était incongru et vague.

Tout le monde s’était alors dit qu’il s’était inventé une histoire, en quoi il croyait dur comme fer, et qu’il n’avouerait jamais ses actes. À force de se mentir, il avait fini par se croire.
















2

Il était installé sur le rebord de la fenêtre, regardant au loin, l’esprit ailleurs. Il regardait les oiseaux, planant doucement sur le vent. Il aurait aimé être un oiseau. Ils étaient purs et neutres.

Les reflets du soleil sur l’eau lui donnaient un léger mal de tête. Ils l’obligeaient à détourner son regard, jetant un œil à l’intérieur de la cellule, mais il était inexorablement ramené vers la fenêtre, la mer. Ses longues années de détentions l’avaient habitué à rester dans la pénombre et avaient rendu ses yeux extrêmement sensibles à la lumière. Elles avaient pâli son teint et continuaient à le faire, rendant sa peau, à l’origine noire comme la nuit, gris foncé, presque noir. Ses yeux étaient également affectés, ses pupilles, seule chose occupant ses yeux, s’en retrouvaient à être toujours dilatées, raison pour laquelle il était aussi sensible à la lumière. Son apparence à elle seule supposait qu’il était une créature nocturne, mais il restait un être diurne, ce qui pouvait étonner quelques journalistes mal informés sur les Viparians. Ces derniers le décrivaient comme étant un homme assez grand, à la peau noire comme la braise, aux yeux rouges comme le sang, divisés par une pupille semblable à celles d’un chat, avec des cheveux noirs courts, des dents pointues et aiguisées, des griffes aussi coupantes que des lames de rasoir, des écailles sur les avant-bras, les jambes, le long de sa colonne vertébrale et autour des yeux, le tout ponctué par une silhouette maigrichonne, presque squelettique. Encore selon eux, ça lui donnait un air sinistre, ce qui ne faisait qu’attiser la peur que les gens ressentaient à son encontre.

Ce genre d’opinion à son égard l’irritait. Pourquoi le jugeait-on sans le connaître? Les gens avaient peur de ce qu’ils ne connaissaient pas et cette dite peur les rendait hostiles. S’ils étaient hostiles envers lui, il le serait tout autant envers eux. De toute façon, il ne voulait pas les connaître. Pour la plupart, ils puaient la peur. Son meilleur exemple était les deux nouveaux gardes, arrivés depuis presqu’un mois, qui semblaient constamment effrayés en le voyant. Encore une fois, ce n’était que deux humains, chétifs et rechignant, eux aussi avec une famille. Ça ne le rendait que plus furieux. Aucun des deux n’avait essayé de démarrer une conversation, comme s’ils pensaient qu’il n’avait pas besoin d’un peu d’attention, de temps à autres. Il n’était que tout jeune encore avec ses deux cent ans, équivalent à environ vingt-quatre ans pour un humain, ce qui lui donnait encore des envies de sociabilité. La première journée où il les avait vus, il s’était contenté de les observer, écoutant distraitement les indications que ses gardes habituels, qui étaient sur le point de prendre leur retraite, leur donnaient. Ils lui avaient semblé étranges… et spéciaux. Il sentait une bonté étrange en eux. Ce sentiment avait été confirmé au fils des semaines : les deux gardes réussissaient à garder le contrôle sur les prisonniers pacifiquement, allant jusqu’à s’échanger des blagues. Mais, encore une fois, c’était différent pour lui. Ils ne lui adressaient pas la parole, sauf pour lui demander d’avancer, puis de se calmer, avant de l’immobiliser au sol, pour enfin lui expliquer qu’ils le gavaient pour son bien. Aucun ton amical, aucune blague, rien que de la peur. Eux et leur comportement, il s’était mis à les haïr avec ferveur. C’était par jalousie, mais aussi par désir. Il aurait aimé être traité comme un ami, et non comme un numéro ou une lettre, la lettre « S » pour être exact. C’était, dans tout les cas, la lettre précédant le numéro.

Il avait appris à les connaître, écoutant leur conversation avec les autres détenus. Il savait que le premier, aux cheveux bruns et bouclés, franc, assez sociable mais sérieux, s’appelait Frédéric, qu’il avait trois enfants, et qu’il était presque dans la trentaine. Pour l’autre, aux cheveux châtains courts, en mèches lisses et ébouriffées, il savait qu’il était célibataire, qu’il n’avait jamais eu d’enfant, qu’il connaissait Frédéric depuis très longtemps, qu’il était calme, plus réservé, empathique, obstiné, mais tout de même charismatique. Il était lui aussi dans la vingtaine, presque la trentaine et il s’appelait Yohann. Les deux avaient des noms typiquement humains… et un comportement semblable. Les humains étaient naïfs et un peu trop familiers à son goût.

Pour la première fois de la journée, il détourna complètement son attention de la mer, plantant son regard sur le mur de briques, face à lui. Pourquoi lui infligeait-on toujours quelque chose de différent? Pourquoi le traitait-on d’une autre façon que les autres? Il faisait peur, ça il le comprenait, mais ce n’était pas une raison fondée, selon lui. On le rejetait toujours… même sa famille. Il grimaça et sentit les larmes monter à ses yeux. Il se sentait misérable, aurait voulu être ailleurs, disparaître même, mais c’était impossible. Il était pris là et ne pourrait pas en sortir. Il essuya la larme qu’il sentait couler sur sa joue, l’observa quelques secondes sur son doigt, puis grogna. Ça le mettait en rogne. Ce n’était pas seulement le fait de se sentir aussi mal qui le mettait en colère, mais également de pleurer, de laisser sa tristesse prendre le dessus, l’affaiblir. La peine était une émotion pour les faibles. La colère, elle, la rage, le rendait plus fort. La douleur le rendait puissant. Ses yeux se teintèrent légèrement de rouge, toujours fixés sur la larme, qu’il souffla. Il devait faire partir ce sentiment, l’éclipser par un autre, plus intense… Il sortit une griffe, la regarda elle aussi, longuement, tourna son attention vers son avant-bras, couvert de cicatrices, cicatrices qui formaient d’étranges lignes sur les écailles noires, et l’entra lentement dans sa peau, serrant les dents. L’automutilation était une bonne thérapie, dans son cas, et il l’appliquait fréquemment, si ce n’était à tous les jours. Chaque fois qu’il faiblissait, il se faisait une marque, profonde, douloureuse, pour être certain de ne pas l’oublier. S’il ne voulait pas flancher, il devait devenir plus solide. S’il voulait devenir plus solide, il devait s’habituer à la souffrance, autant physique que psychologique. S’il devait être son propre tortionnaire, alors soit, il le serait.

Il regarda le sang s’écouler, lentement, en silence, fasciné par sa couleur noire. Il se rappela la dernière marque qu’il s’était faite. Elle était presque dans l’articulation de son coude, très prononcée et assez longue. C’était juste si elle ne faisait pas le tour de son bras. Il l’avait tracé alors qu’il venait de faire un cauchemar, s’étant réveillé les yeux pleins de larmes, lâchant un hurlement. Il s’était levé, avait fait les cent pas, avait assené un coup de poing dans le mur, marquant ses jointures, s’était installé sur son lit et avait tout bonnement coupé dans la peau, la chaire, touchant assez sérieusement les muscles. Les gardes étaient accourus, l’ayant entendu, avaient été obligés de l’immobiliser, l’avaient traîné jusqu’à l’infirmerie, et lui avaient apposé un bandage, enroulant également ses mains dans des bandages, histoire qu’il ne retire pas celui sur son bras. Ça l’avait irrité, frustré même, et il s’était débattu tout au long de l’opération. Les gardes n’avaient jamais compris pourquoi il avait fait ça. Il n’aurait pas voulu leur expliquer. C’était hors de leur juridiction. C’était une affaire personnelle. Dans sa vie, beaucoup de choses étaient devenues des affaires personnelles : faire payer ceux qui l’avaient injustement enfermé, retrouver tout les supposés témoins pour se venger… et exterminer tout ceux qui se dresseraient sur sa route. Il leur montrerait qu’ils avaient raison de l’enfermer. Il leur ferait comprendre, à sa façon, leur erreur.

Il soupira, sentant distinctement la douleur, retira sa griffe, la lécha et la rétracta. C’était des réflexions typiquement Viparian. La vengeance, la violence… Il sentait très bien quand sa nature sauvage prenait le dessus. Il savait également que c’était incontrôlable. Mais il ne comprenait pas pourquoi d’aussi grandes parcelles de sa vie lui étaient manquantes. Il était totalement impossible d’oublier la moitié de sa vie. C’était l’oubli qui l’avait emprisonné. S’il s’était souvenu, il ne serait pas là.

Il glissa sur le sol, se dirigeant plutôt vers une barre, fixée aux murs, s’y agrippa et se souleva. Faire des exercices physiques le calmait, lui changeait les idées. Il pouvait en faire toute la journée, ce qui expliquait sa musculature développée, sa force un peu supérieure à la normale et son endurance à tout épreuve. Il pouvait encaisser le pire des coups. Il prenait soin de s’en assurer. Il savait, par exemple, qu’il pouvait recevoir un nombre infini de coups dans l’abdomen, ayant raffermit et renforcé ses abdominaux au maximum. Il savait également qu’il était impossible de le repousser, étant d’une stabilité étonnante, connaissant parfaitement son centre de gravité et ayant développé ses mollets et ses cuisses au maximum, eux aussi. Il était aussi bien bâti qu’un soldat, mais moins qu’un culturiste. Par soldat, il ne voulait pas parler d’un soldat humain. Ils étaient aussi maigres que des asperges. Il voulait plutôt parler des soldats intercontinentaux, connus pour leur force, leur adresse et pour être des chars d’assaut ambulants. Ils étaient quelque chose à voir, et il le savait d’expérience. S’il réussissait, un jour, à résister à ces légendes, son but, du point de vu physique, serait atteint. Largement atteint. Mais il lui restait beaucoup de travail à faire, et il en avait amplement le temps, sa libération n’étant pas prévue de sitôt.

Il passa à des redressements, s’accrochant habilement à la barre avec ses jambes, se soulevant sans efforts. Il lui faudrait rapidement trouver quelque chose de plus lourd à soulever, ou sinon, remplacer cet exercice par un plus difficile. Peut-être une séance de combat serait une bonne idée… Il entendit des pas dans le couloir, nets et précis, se déposa sur le sol et attendit. Il crut, l’espace de quelques secondes, que les gardes continueraient leur chemin, mais se ravisa en entendant la clé déverrouiller la serrure. Tout portait à croire que c’était l’heure d’un repas forcé. Il recula de quelques pas, s’asseyant sur le lit, s’accota au mur et attendit.

La porte s’ouvrit, découvrant ses deux gardes, qui entrèrent en silence, l’un surveillant l’autre. Il les observa, restant sur place, de marbre, pencha légèrement la tête de coté en n’en voyant qu’un approcher et recula de plus belle en se rendant compte qu’il tenait quelque chose dans son dos. Le garde, ce devait être Frédéric vu ses cheveux frisés, ramena l’objet devant lui, lui présentant une assiette. Il examina le repas qu’elle contenait, leva les yeux sur le garde… et tendit la main. Frédéric y déposa l’assiette, calculant chacun de ses mouvements. Il surveillait particulièrement ses yeux, qui étaient d’un blanc pur, mais avec une légère touche de rouge, dans les coins.

Ses gardes étaient intelligents, malheureusement, et ils pouvaient comprendre ce que cette teinte de rouge, dans ses yeux, voulait dire. Il prit le bout de pain, le sentant longuement, s’assurant qu’aucun produit ne s’y trouvait, regardant le garde, qui lui faisait passer un examen visuel, froncer les sourcils. Il garda ses yeux rivés sur lui, le voyant se redresser, adresser un signe à son compagnon, désigner son bras, même faire un semblant de coupure. Il sentit de la chaleur monter à sa tête, ses yeux passer au rouge, puis, son bras donner un élan vif, mais précis, vers les gardes, envoyant l’assiette en métal percuter le mur, derrière le premier garde, heureusement écarté par son compagnon.

Il se leva brusquement, fonçant sur les deux humains, se pencha un peu, en ramassa un sur son épaule, le plaqua dans le mur du couloir, repoussa le deuxième, sentit un piqûre dans sa jambe, retira la seringue, commença a être étourdi, se débattit encore quelque peu et, enfin, s’écrasa sur le ventre, le souffle court. Les deux gardes l’observaient, l’air déçu, Frédéric se frictionnant le bas du dos, Yohann reprenant la seringue.

Il les voyait en double, tout sauf nettement, les entendait à peine, mais savait qu’ils étaient là, à l’observer. Ça l’irritait. Il donna un coup dans le vide, qui lui sembla lent et mou, essaya de se traîner et se fit saisir, puis mettre debout. Ils le traînèrent pendant une bonne dizaine de minutes, entrèrent à l’infirmerie, soignant d’abord son bras, l’installèrent sur une table et l’y attachèrent solidement. Il savait ce qui allait se produire. Ils l’obligeraient à avaler quelque chose et, s’il résistait, lui représenteraient ses amis tube et pâte au mauvais goût. Il reverrait ces amis-là. Il ne comptait pas se laisser faire et s’était préparer. À chaque fois où il avait eu droit à une séance en bonne et due forme, il avait testé la force des gardes, l’effet de la drogue qu’ils lui injectaient, le temps qu’elle durait et la force qu’il pouvait déployer sous son effet. Il ne se laisserait pas faire.

Il attendit, répliquant à chaque tentative des gardes, qui essayaient en vain de lui faire avaler quelque chose, passa presqu’une heure à résister, pour enfin sentir ses forces lui revenir, lentement, trop même. S’ils réessayaient de le nourrir, il en mordrait un, au point de lui couper le doigt s’il le fallait. Il leur ferait voir à qui ils avaient affaire.

Il pourrait se redresser d’une dizaine de centimètre, environ, et même plus s’il était prêt à se déboîter une épaule, risque qu’il était tout à fait prêt à prendre. Il vit Frédéric approcher, ses mouvements d’une lenteur exagérée, se redressa subitement, sentit quelque chose craquer dans son bras, un étirement dans son dos, ouvrit la bouche, se rapprochant de l’avant-bras, sentit le derme sous ses dents et mordit de toute ses forces.

Frédéric lâcha un cri, essaya de reculer, se ravisa en sentant les dents, toujours enfoncées dans sa chaire, déchirer ses muscles, décida plutôt de lui faire lâcher prise, le saisissant par le cou, le repoussa et s’arracha un second cri. Yohann essayait de l’aider, poussant sur la jonction des mâchoires, mettant une pression dans le cou du récalcitrant.

- Yohann. Injection. Deux fois la dose. Vite.

Il obéit, relâchant prise, se dirigea vers un comptoir, saisit une seringue, la testa, revint vers son compagnon et planta l’aiguille dans la cuisse du prisonnier, injectant le contenu. L’effet fut presqu’immédiat.

Il sentit la piqûre, le produit s’infiltrer dans son organisme, le sang couler dans sa gorge. Il resserra sa prise, arrachant un dernier cri à Frédéric, desserra lentement les dents et, dans un dernier élan, se ramena brusquement vers l’arrière, arrachant ce qu’il retenait encore. Il cracha le bout de muscle, s’amusant de la mine horrifiée qu’il voyait sur le visage de Frédéric, puis, sentit tout son corps se détendre, accompagné par un rire incontrôlable.

Yohann le regardait, les poings serrés, les yeux brillants. Ce salaud était fou. Il jeta un œil à Frédéric, qui s’empressait d’appliquer une compresse sur la blessure, se tourna de nouveau vers l’enfoiré attaché sur la table et laissa aller le coup. Il l’atteignit sur le coté de la tête, la faisant tourner, arrêtant net le rire qui fusait. Il allait lui en donner un autre quand Frédéric le saisit par l’épaule, le ramenant vers l’arrière. Il planta un regard sévère dans le sien.

- Laisses tomber, il n’en vaut pas la peine. Faisons ce qu’on a à faire et remettons-le dans son trou, d’accord?

- Ouais… Il n’en vaut pas la peine. Allons-y avant que je lui en remette une.

Il vit les silhouettes se pencher sur lui, l’une aux yeux emplis de fureur, l’autre le visage crispé par la douleur. Un engourdissement, c’est tout ce qu’il ressentait. Il savait que le coup, superbement bien porté, ferait effet dans quelques heures. Il savait également que le tube qu’il entrevoyait le ferait mal aller pendant tout le reste de la journée. Ses vieux amis tube et pâte, il les revoyait. Il l’avait prévu. Ils lui ouvrirent les mâchoires, y glissant le tube, qu’il sentit descendre dans son œsophage, continuer son chemin jusqu’à l’estomac et y déverser son contenu infecte. Ça brûlait, comme à toutes les autres fois, ça le retournait et ça lui donnait des envies de tousser très sévères. Il essaya de se débattre, ne sentant pas ses propres mouvements, eut un haut-le-cœur, tourna la tête, se la fit ramener violement, serra les dents et donna un coup à la table. Il aurait toutes les peines du monde à respirer.

Suite à cinq longues minutes, qui lui parurent être des heures, ils retirèrent le tube, lui retournant davantage l’estomac, déclenchant une toux incontrôlable, allèrent chercher une bouteille, l’obligèrent à avaler deux gorgée de son contenu et le laissèrent là quelques minutes, l’observant. Le produit était sensé l’empêcher de régurgiter la pâte, ce qui lui coupait ses idées de résistance, mais diminuait également la sensation de brûlure. Il se calma, se sentant aussi mou qu’un chiffon, voyant la pièce tourner au-dessus de lui. Il était affreusement étourdi.

Frédéric le détacha, le redressa, le ligota solidement, lui fixant les poignets au dos, le mit debout avec l’aide de Yohann et le ramena à sa cellule. Il détestait quand ils devaient en venir à la manière forte, ce qui arrivait dans quatre-vingt dix pourcent des cas, ce qui le portait à détester ce prisonnier. S-1749, de numéro. Slay, de nom.


[i]Les deux premiers chapitres de l'une des histoires que je m'amuse à écrire. J'attends votre opinion!
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MessageSujet: Re: Vengeance   Dim 13 Fév - 16:00

J'ai bien aimé ton texte! J'ai immédiatement embarqué dans l'histoire. Être spectateur et être avide de curiosité à l'idée de savoir qui est cet homme et qu'est-ce qui se passera à la prochaine ligne... c'est fantastique. Tu fais de bonnes descriptions et, tout au long, on en comprend, en quelque sorte, un peu plus sur les races.
Je... J'suis en manque de mots. Razz
Tu as une très belle écriture et j'aimerais bien lire la suite, un de ces quatres! Very Happy
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MessageSujet: Re: Vengeance   Dim 13 Fév - 16:23

Je mettrai peut-être la suite ici, qui sait! Mais merci beaucoup pour le commentaire! Je vais faire mon possible pour continuer dans cette voie!
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MessageSujet: Re: Vengeance   Mar 15 Mar - 19:21

Très interressant ! Comme a dit Zozo, j'ai aussi embarquer dans l'histoire! Quand je me suis rendu a la fin du récit... je me suis dit: ... Déjà fini ?!

Continue dans sa, tu es sur une bonne voie, lorsque l'imagination est dans notre âmes, l'histoire fini s'écrie tout seul!

Bonne chances

P.S averti moi quand tu auras fait des ajout a ton oeuvre! Very Happy

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MessageSujet: Re: Vengeance   Mer 16 Mar - 13:46

Et bien, pour être franche, j'en ai déjà beaucoup d'ajouter. Je suis rendu à 81 pages. Tout pour dire que j'avance beaucoup et rapidement!
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MessageSujet: Re: Vengeance   Mar 29 Mar - 21:36

Woah, moi de même j'ai embarqué dans l'histoire dès les premières phrases, c'est une qualité majeure de pouvoir accrocher ses lecteurs comme ça ^^
J'ai trouvé ça particulièrement intense, comme les passages avec la langue coupée ou les injections... brrr j'en ai des frissons! (oui je suis un coeur sensible xD) Mais c'est très bien écrit franchement. Je t'encourage à continuer Very Happy

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"L'amour, c'est l'absolu, c'est l'infini ; la vie, c'est le relatif et le limité.
De là tous les secrets et profonds déchirements de l'homme quand l'amour s'introduit dans la vie.
Elle n'est pas assez grande pour le contenir."
- Victor Hugo

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MessageSujet: Re: Vengeance   Mer 13 Avr - 19:32

3

Qu’est-ce qui l’avait emmené là? Quel évènement l’avait convaincu de faire ce travail ingrat, mais surtout, dangereux? Il s’en rappelait comme si c’était hier.

Il avait 26 ans, à cette époque, avait une famille de deux enfants, une femme aimante et un emploi assez bon dans une prison à sécurité moyenne. Ça payait bien et les risques n’étaient pas trop élevés. Surtout, ça lui permettait d’aider, à sa façon, ceux qui étaient encore récupérables.

Il avait déjà aidé une dizaine de cas, les ramenant dans un calme exemplaire, ce qui leur avait valu des libérations conditionnelles d’avance. Il avait été fier de son travail. Tout ceux qui croyaient que sa tâche était facile s’en retrouvaient étonnés. Pourquoi un simple gardien de prison s’évertuait-il à aider ses protégés de la sorte? On lui posait souvent la question et il répondait par un réponse simple : « Tout le monde à droit à une deuxième chance ». C’était cette façon de penser qui lui avait valu une visite des plus spéciales.

Aucun humain ne connaissait l’existence de ce monde, et aucun ne s’attendait à être en contacte avec ses habitants. Un homme était venu le voir, lui proposant un emploi semblable, mais beaucoup plus payant, avec moins de risques. Il avait continué en lui assurant que quelqu’un de son genre était de mise pour aider les prisonniers à se remettre sur le bon chemin. Il avait réfléchit à la question, avait accepté et s’était retrouver dans ladite prison une semaine après, emmenant avec lui Yohann, son meilleur ami, son frère. Ils s’étaient retrouvés à Hictat, un lieu d’incarcération à sécurité élevée.

Avec le temps, il avait apprit qu’autre chose vivait ailleurs. Que d’autres races, plus puissantes que l’humain, existait en même temps qu’eux et commettaient les mêmes fautes qu’eux. Il ne s’était pas attendu à rencontrer l’un des membres de l’une des plus puissantes races, un Viparian autant imprévisible que mystérieux. Ses prédécesseurs lui avaient expliqué de quoi cet individu, Slay, avait été accusé, de quoi il était capable et de quelle sournoiserie il pouvait faire usage. Il n’avait pas cru les dernières paroles que lui avaient dit les autres gardes. Personne n’était foncièrement mauvais.

Il repensait à ces évènements en traînant Slay dans les différents couloirs, le bras meurtri, plus aussi sûr de ce qu’il affirmait. Depuis deux semaines et demi, c’était toujours la même histoire : un refus de manger quelque chose, une séance de lutte, un gavage inconfortable… Ils devaient toujours en venir à la manière forte. Par contre, c’était la première fois qu’il se faisait mordre de la sorte, dans toute sa carrière.

Il le traîna jusqu’à sa cellule, le déposa sur le lit et resta sur place, le regardant. Il était certain qu’une part de bon se trouvait dans cet individu. Il en était convaincu. Ses agissements étaient fondés : ils le traitaient différemment des autres détenus, ne lui adressaient pas la parole, n’étaient pas amicaux avec lui. Il demanda à Yohann de sortir d’un mouvement de tête, ce qu’il fit, et s’approcha davantage de Slay, remarquant sa tête qui roulait, ses yeux qui avaient peine à fixer un point, son corps qui tentait de bouger dans de vains soubresauts. Il resta debout, à la droite du lit, plantant ses yeux dans les siens, voyant qu’il était devenu tout à fait inoffensif. Ses yeux étaient d’un blanc pur.

- Qu’est-ce qui a pu te rendre comme ça… Je crois que, même si tu voulais me le dire, tu ne le ferais pas, je me trompe? De toute façon, tu nous haïs. Pourquoi serais-tu communicatif, alors? Tu n’as pas de raisons. Moi, je ne te déteste pas. Je n’ai pas de raisons, sinon celle que tu as bien failli me priver de l’un de mes membres. Je ne te connais pas. Je ne sais pas si ce que tu as fait est vrai. Je ne viens même pas d’ici. Je suis là pour la sécurité, autant pour la tienne que pour celle des autres détenus. J’espère que tu le sais, au moins.

Il roula des yeux, soupira et se dirigea vers la sortie, mais fut stoppé par un gargouillement étrange. Il regarda par-dessus son épaule, le voyant, le visage crispé dans un rictus sauvage, le regard rouge vif, qui essayait de ramper dans sa direction, se tortillant d’une façon étrange. Les écailles, sur sa colonne vertébrale, étaient hérissées, sa respiration, difficile et saccadée, faisant naître un sifflement écoeurant. Il détourna le regard et partit, barrant la porte derrière lui, retournant dans la salle du personnel, où l’attendait Yohann.

Rien n’était technologique ici : pas d’électricité, pas de voitures, pas d’ordinateurs… tout se faisait manuellement et à l’ancienne méthode. La seule chose d’un tant soit peu technologique qu’il avait rencontrée était une machine, qui lui servait d’intermédiaire pour retourner chez lui, dans son monde. Il avait trouvé ça étrange, dans les débuts, mais avait compris, suite à quelques explications, l’incroyable : il pouvait passer d’un monde à l’autre avec ces machines, de deux plans d’existence, d’une façon. Ceci expliquait cela, comme il s’amusait à dire. Comment auraient-ils pu avoir accès à la technologie humaine? D’aucune façon puisqu’ils ne pouvaient, en aucun cas, transporter ladite technologie par les machines. C’était ingénieux, mais surtout, très élaboré. Il n’aurait jamais compris le fonctionnement de ces trucs et ne le comprendrait jamais. Ça le rendait nerveux.

Il arriva dans la salle, fixant immédiatement son regard sur le foyer, où brûlait un feu vif, avança en silence et prit place près de l’âtre, endroit réconfortant. Yohann le regardait, ça il le sentait, mais il n’osait pas répondre à son regard, qui lui semblait un peu trop aigre. La question, par contre, ne tarda pas à être lancée.

- Alors, qu’est-ce qu’il t’a raconté de bon?

- Rien. Comment veux-tu qu’il me raconte quoique ce soit? C’est stupide.

- D’accord. Que lui as-tu raconté de bon, alors?

- Rien d’important. Je voulais m’assurer de quelque chose, et je l’ai fait. Le résultat est décevant, dans tous les cas. Il est tout simplement fou. Bon pour l’asile…

- Sérieusement, à quoi tu t’attendais? À ce qu’il te sourit, qu’il te demande pardon et qu’il devienne un gentil petit détenu? J’espère que non, sinon, tu te fous le doigt dans l’œil!

- Ha oui? Et qu’est-ce qui te dit qu’il ne pourrait pas devenir comme ça? Qui te dit qu’il ne pourrait pas changer du tout au tout? Il l’a bien fait, la première fois qu’on l’a vu : il était calme, trop calme, et il s’est changé en fauve dans la seconde! N’est-ce pas un bon exemple?

- Si tu veux rester dans tes idéaux, amuse-toi, mais ne fais rien qui pourrait tout gâcher. On a les deux blaireaux qui arrivent dans pas très longtemps… et qui sait ce qu’ils feront. Peut-être se diront-ils : « Ha, regarde, deux humains! Mais que va-t-on faire de ça? On devrait les fouttre aux poubelles! »

- Peut-être. Ils pourraient aussi se dire que tu es un trouillard qui as peur de prendre des risques, ou qu’ils devraient améliorer le chauffage… on se les gèle.

Il soupira, se frictionna les bras et jeta un œil à sa montre : l’équipe de nuit, composée de deux gars bizarres, arrivait dans une heure, tout au plus. Il pourrait aller dormir. Ils regardèrent le feu en silence, attendant patiemment l’équipe de nuit, et, quand elle arriva, ils remballèrent leurs affaires et retournèrent chez eux, exténués. Eux, ils pourraient dormir en paix.

Il regardait le plafond, voyant des formes, des silhouettes, s’y glisser, se promenant de gauche à droite, de haut en bas, ouvrant une gueule sertie de longs crocs, l’observant avec leurs yeux de braises. Il hallucinait, ça il le savait, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir des frissons de peur. Son sang se glaçait dans ses veines. Il respirait vite, un peu trop à son goût, la panique faisant battre son cœur plus rapidement. Une forme s’approcha davantage de lui, soufflant des grondements à son oreille, passant une main irréelle sur sa nuque, lui redressant l’échine. Il essaya de bouger, mais quelque chose le saisit, l’empêchant de remuer. Il se mit à respirer plus rapidement encore.

La forme se précisa au dessus de lui, laissant voir huit yeux, de longues pattes étroites, un sourire amusé, quoique cruel, presqu’entièrement masqué par une paire de mandibules aiguisées. Le tout restait dans une brume épaisse, n’étant qu’à moitié matériel, se répandant dans l’entièreté de la cellule. Une masse compacte de fumée, mélangée de traits humains, et d’autres arachnéens.

Le visage lui disait vaguement quelque chose. Il se rappelait avoir fait quelque chose avec cette créature… mais quoi? Il essayait de discerner quelques souvenirs, mais la drogue qu’il s’était fait injecter lui compliquait grandement la tâche. Un nom lui vint à l’esprit, comme ça, vif, ne laissant aucune place aux doutes : cette chose s’appelait Verrückt. Restait à déterminer d’où ils se connaissaient. Des images lui revinrent à l’esprit : un homme étrange, le haut du corps relativement normal, le bas du corps semblable à celui d’une araignée, huit yeux occupant sa figure, accompagné par une paire de mandibules meurtrières, quatre pattes d’arachnide sortant de son dos… une marée de fumée, une alarme… Il s’était tenu devant la porte de sa cellule, impatient, attendant que cet homme vienne le voir. Ils avaient vraisemblablement prévus une évasion… qui n’avait pas fonctionnée, du moins, pour lui. L’homme était venu le voir, lui avait promis de revenir… et maintenant, il était là. Il se calma rapidement, faisant clairement comprendre à l’autre qu’il l’avait reconnu.

Verrückt se pencha sur lui, passant ses mains brumeuses sous lui, détacha les liens qui le retenait et recula, permettant à son compagnon de se redresser, et l’examina. Il n’avait pas changé, quoique quelques cicatrices s’étaient ajoutées à la collection qu’il avait sur les bras, sauf qu’il semblait retourné, contusionné même, le coté droit de son visage légèrement enflé, laissant croire qu’il avait reçu un dur coup. Il croisa les bras, agitant doucement ses pattes dorsales dans les airs, laissant une traînée de fumée sur leur passage.

- Tu es encore ici… Moi qui croyais que je devrais te chercher aux quatre coins du monde pour te retrouver… Quoiqu’il en soit, je viens pour tenir ma promesse. Tu t’en souviens, au moins?

Il réfléchit quelques minutes, essayant de se rappeler, revit les images et acquiesça d’un mouvement infime de la tête. Être lucide lui était difficile, autant que faire des mouvements, aussi subtiles soient-ils. Il prit appui sur le lit, la sensation de vagues revenant.

- Bien… Plus vite tu seras sorti d’ici, plus vite ils paieront. Ils t’ont mis dans un sale état. J’ai emmené quelque chose qui pourrait t’aider. Qui va t’aider, dans tout les cas. L’avoir ne sera pas facile, l’activer encore moins. Je préfère t’avertir; ce sera douloureux. D’après ce que je peux voir, tu t’es habitué à souffrir. C’est parfait.

Il pencha la tête de coté, confus, laissant le temps aux informations de faire leur chemin. Il le regarda préparer quelque chose, finit par comprendre et refusa sèchement d’un mouvement de tête, qui l’étourdit. Il tangua dangereusement, voyant Verrückt approcher, recula du plus rapidement qu’il le pouvait, se fit saisir et violemment immobilisé sur le lit, retenu par les pattes d’arachnide. Il se débattit, ne comprenant pas ce qui arrivait. Verrückt n’était-il pas un ami? Pourquoi voulait-il lui faire du mal? Il doubla de vigueur, ne se préoccupant plus de ses malaises, son instinct de survie lui criant de se libérer. Ils étaient tous des traîtres. Tous les gens qu’il croyait être des amis l’avaient trahis, poignardé dans le dos même. Il allait s’en débarrasser. Il allait tous les éliminer.

Verrückt empoigna un semblant de pique, la levant haut dans les airs. Il se mit à paniquer. Il ne voulait pas finir sa vie de cette façon. Il voulait revoir sa fille. Il voulait revoir son frère. Il voulait mourir en Viparian libre.

Il sentit la pique le traverser au niveau du plexus solaire, lâchant un cri effroyable, la saisit à deux mains, la tirant de toutes ses forces, mais fut rapidement immobilisé, de nouveau, par Verrückt. Il lâcha prise. Il sentait quelque chose le parcourir, semblable à des courants électriques, lui emmenant des soubresauts. Il se mit à respirer difficilement. Il avait l’impression de se noyer.

Il essaya, une dernière fois, de repousser Verrückt, dans un dernier élan de force, son mouvement lui semblant mou, faible et inutile. Il en fut autrement, Verrückt le relâchant. Ce dernier l’observait, la tête légèrement penchée sur le côté, ne sachant pas ce qui allait arriver.

Il donna un coup, brusquement, nerveux, sans vraiment savoir pourquoi. Puis, il y en eut un deuxième. Il sentit que tout en lui ralentissait. Il commença à avoir froid. Il eut un dernier soubresaut nerveux, expirant longuement dans un sifflement étrange, puis, plus rien. Ses yeux fixaient le vide, devenant lentement vitreux, sa poitrine ne se soulevait plus. Il devenait froid.

Verrückt s’approcha davantage, déposant une main, dont la seule chose matérielle était les ossements, sur sa gorge, essayant de capter des pulsations. Il soupira et recula. Tout portait à croire que ça n’avait pas fonctionné. Ce processus ne fonctionnait peut-être pas avec d’autres races… Il entendit du bruit et se retourna : Slay revenait à lui.

Il prit une grande inspiration, comme s’il venait de sortir de l’eau, se redressant brusquement. Il était endolori. Il baissa la tête, remarquant la pique, qui le traversait encore, leva les yeux, les plantant dans ceux de Verrückt, qui passèrent au rouge. Il se leva avec peine, commençant à voir un voile noir. Il bondit.

Verrückt le vit venir, esquiva l’attaque, devenant presqu’entièrement immatériel, essaya de le saisir, le manqua, réessaya et l’agrippa avec ses pattes. Il le plaqua au sol, le retenant avec quatre de ses pattes, se pencha et l’observa. Il savait ce qu’il lui aurait crié, s’il avait pu parler. Il devait le calmer, le processus ayant fonctionné. S’il ne le calmait pas, il risquait d’y passer.

- Je n’ai pas voulu te faire du mal. Tu vas devenir plus fort. Tu as vu ce qu’était la mort. Ce n’est pas si mal, n’est-ce pas? Tu n’auras plus peur de mourir, alors tu seras plus puissant. Personne ne peut arrêter quelqu’un qui n’a peur de rien. Je t’ai aidé. Je continuerai de t’aider, mais tu dois reprendre tes esprits. Je sais que tu es là, Slay, et que tu m’entends.

Il cessa de se débattre. Qu’était-il arrivé? Il ne se rappelait pas. Il regarda Verrückt, par-dessus lui, sentit quelque chose d’étrange, un semblant de douleur, lointaine, baissa les yeux et vit la pique. Il se mit à paniquer. Dès que Verrückt le lâcha, il recula rapidement, se traînant sur le sol, essayant de comprendre. Il saisit la pique, la tirant de toutes ses forces, mais n’arriva à rien, sauf à augmenter la douleur. Il lâcha un grognement et laissa tomber. Il se recoucha, soupirant, fixant ses yeux dans ceux de Verrückt, qui ne bougeait pas. Comment allait-il se débarrasser de ce truc? Si les gardes le voyaient avec ça, il serait fichu. Fichu parce qu’ils essaieraient de lui enlever, et fichu parce qu’ils comprendraient que quelqu’un d’autre était venu. Les gardes… Il espéra qu’ils n’avaient rien entendu. Si c’était le cas, ils seraient là sous peu. Il remercia intérieurement la perte de temps infini que demandait la préparation des drogues pour l’immobiliser. Il devait absolument retirer cette pique.

Il prit une grande inspiration, retint son souffle, agrippa solidement la pique et tira de toutes ses forces. Il sentit la douleur et failli flancher. Pour devenir plus fort, il devait souffrir. Il se répéta la phrase, se concentrant sur autre chose, tira plus fort encore, s’arracha un hurlement, reprit une inspiration, difficile celle-là, entendit des pas de course dans le couloir, se leva, s’adossa à la porte, entendit la clé tourner dans la serrure, se campa le plus solidement possible, poussa dès qu’il sentit qu’on voulait ouvrir la porte, tira de plus belle, lâchant une plainte, vit une lumière blanche sortir de la pique, fut aveuglé et se sentit figer. La lumière doubla d’intensité. Il poussa un dernier coup, voyant la lumière s’éteindre brusquement, sentit ses jambes flancher et s’écrasa sur le sol, haletant. Il saignait et sentait quelque chose de dur sur son plexus. Il essaya de voir Verrückt, mais ne le trouva nulle part.

Les gardes ouvrirent la porte, le retrouvant étendu sur le ventre, crispé par la douleur, le retournèrent de la botte, virent la blessure et le ramassèrent. Ils le traînèrent à l’infirmerie, où ils l’attachèrent solidement à une table, l’examinèrent, eurent l’air surpris, s’échangèrent quelques murmures et l’emmenèrent au trou, une superbe pièce de deux mètres par deux mètres, capitonnée et plongée dans un noir totale.

Il se laissa faire. Qu’aurait-il bien pu essayer, de toute façon? Il avait trop mal pour tenter quoique ce soit. Il se sentait trop affaibli pour seulement en avoir envi. Il se laissa tomber sur le sol capitonné, ne voyant rien sauf le noir, se sentant étrange. Il n’allait pas bien. Son corps changeait d’une façon qu’il ne pouvait déterminer. Il le savait parce qu’il sentait un étourdissement affreux, venant par vagues successives, lui emmenant des hauts le cœur. Des picotements le parcouraient de toute part. Il ferma les yeux, espérant que ça passe plus vite. Suite à presqu’une heure de malaise, le sommeil vint enfin le cueillir. Il sortirait de sa vie cauchemardesque pour se plonger dans d’autres cauchemars.










4

Ils avaient entendu parler de l’accident. Les gardes de nuit, juste après avoir enfermé le prisonnier dans le trou, soit deux semaines auparavant, avaient fait un rapport détaillé. Très détaillé. Ça les mettait en rogne. Ces gars étaient bons pour une seule chose : écrire des romans à la place des rapports. Pour l’efficacité, ils laissaient à désirer. Par contre, ils n’iraient jamais leur dire en pleine figure.

Ils savaient que Slay était enfermé dans le trou, endroit sans lumière, assez sinistre, où ils devraient aller faire un tour à toutes les deux heures, histoire de lui injecter des calmants assez forts. Ils savaient également que son comportement était devenu bizarre : il semblait être dans un état de léthargie, inconfortable, faisant constamment des cauchemars, tremblant comme une feuille à leur approche. Peut-être pourraient-ils en apprendre davantage sur lui, avant l’arrivée des « blaireaux », comme les appelait Yohann avec affection.

Ils savaient que lesdits blaireaux arriveraient cette semaine… mais pas à quel jour, ni à quelle heure. Ça les rendait un tant soi peu nerveux. Pas parce qu’ils ne savaient pas quand ils arriveraient, mais parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils étaient. Les non-humains avaient la mauvaise habitude d’être prétentieux, voir arrogant, et ça les mettait dans tous leurs états. Ça les mettait surtout de mauvaise humeur.

Ils firent leur routine habituelle, la tête ailleurs, réfléchissant. Ils aimaient ce travail, particulièrement Frédéric, et l’une des raisons était simple : les non-humain les respectaient parce qu’ils s’en sortait sans pouvoirs. C’était une sorte de respect étrange : un mélange d’admiration, d’amitié, de mépris et de haine. Tant qu’ils se tenaient tranquilles, ils ne se souciaient pas du mélange qui composait ce respect.

Ils passèrent par chaque cellule, parlant que très brièvement avec les prisonniers, s’assurant que tout allait bien, réglèrent un léger problème de réfrigération, puis, arrivèrent enfin à la dernière étape : le trou. Aucun des deux ne voulait entrer. Ils se regardèrent, placèrent chacun une main derrière leur dos et les ramenèrent devant eux. Yohann avait gagné la partie de roche, papier et ciseaux. Frédéric soupira, s’équipa de la seringue et débarra la lourde porte, produisant des grincements sourds. Il entra tout de même, allumant une lampe, tenue fermement dans sa main gauche, fixa son regard sur Slay et entendit la porte se refermer derrière lui. Il avala de travers.

Dès qu’il entendit les pas dans le couloir, il sut qu’on venait lui rendre visite, mais il ignorait qui. Était-ce la nuit ou le jour? Il ne pouvait pas le dire. La seule chose qu’il pouvait affirmer, c’est qu’il changeait. Un changement si infime à l’extérieur de lui qu’aucun garde ne l’avait remarqué. Lui, il le savait. Il le sentait. Depuis la nuit où Verrückt lui avait rendu visite, soit deux semaines auparavant, il s’était mis à mal aller : il tremblait, hallucinait, atteignait des températures record, autant en fièvre qu’en froid, mais, surtout, il avait mal. Il avait l’impression qu’on le déchirait de l’intérieur. Ce truc ne le rendrait pas plus fort ; il le tuerait si la cadence se maintenait.

Ça le déchirait… Ça lui rappelait également de mauvais souvenirs. Déchirer. Quelques années auparavant, trop pour un humain, il avait été placé avec un autre prisonnier, dans la même cellule. À ce moment là, il n’allait pas du tout bien. Au contraire.

Ils l’avaient mis là, croyant qu’il s’était tranquillisé, et avaient emmené un autre prisonnier, une vraie armoire à glace, dans la même cellule que lui. Comme à son habitude, il s’était installé sur le rebord de la fenêtre, observant la mer, dehors, écoutant le chant des oiseaux. Ils ne s’étaient pas parler, lui par manque d’intérêt, l’autre par peur. Il puait la peur. Puis, il s’était remis à avoir le problème. Il avait halluciné un évènement, qu’il revoyait encore et encore, qui le terrifiait, mais surtout, qui lui faisait perdre la carte. Dans les premiers moments, il voyait toujours de petits insectes, à la carapace noire, se promener sur ses bras. Il sentait leurs pattes sur sa peau, la froideur de leur carapace… tout était tellement réaliste. Ensuite, lesdits insectes se mettaient à percer son épiderme, à la gruger, à le dévorer, se glissant dans le derme, atteignant les muscles, le parcourant de l’intérieur, se faisant les mandibules sur tout ce qu’elles voyaient. Il sentait tout. Il se mettait alors à griffer ses bras, essayant de saisir les insectes, de les écraser, de les broyer, mais les coléoptères étant inexistant, il s’ouvrait les bras à coup de griffes, lâchant de couinements de peur. L’autre prisonnier l’avait immobilisé, essayant de le calmer, mais ça n’avait servi à rien, sinon à l’enrager. Il s’était retourné, voyant un énorme scarabée plutôt que le prisonnier, et avait dirigé son attaque sur lui. Il l’avait mis en pièces. Le problème en avait été autrement.

Il avait reprit conscience, voyant ce qu’il avait fait, et il avait paniqué. De combien d’années rallongerait-on sa peine pour se meurtre? Il l’ignorait, mais il devait absolument faire disparaître le cadavre. La grande question avait été : comment? Les barreaux de la cellule étaient trop rapprochés pour y glisser le corps, même s’il le défaisait en morceaux. Le semblant de toilette n’était pas une option. Il s’était résolu au pire.

Ça avait un goût écoeurant. Il manquait tout régurgiter à chaque bouché. Malgré ce désagrément, il avait tout fait disparaître : de la peau jusqu’aux os. Les viscères avaient été le plus durs à avaler. Il avait passé presqu’une semaine à avoir une forte fièvre, accompagnée par des tremblements incontrôlables. Les gardes avaient cru que c’était la disparition de l’autre prisonnier qui l’avait retourné. Ils ne soupçonnaient pas que c’était sa chaire qui l’avait rendu malade. Pour devenir plus fort, il devait souffrir, autant physiquement que psychologiquement. S’il devait être son tortionnaire, alors soit, il le serait.

Il grimaça. Le goût lui revenait. C’était répugnant. Il entendit des pas se rapprocher, puis s’arrêter devant sa porte, la débarrant, pour ensuite l’ouvrir. Il reconnut immédiatement Frédéric, malgré le fait qu’il le voyait par ondulations, mais il ne bougea pas. La porte se referma, les replongeant dans un noir presque total : Frédéric traînait une lampe avec lui. C’est là qu’il remarqua quelque chose de différent.

Il voyait tout. De l’espace entre les coussins jusqu’aux traits de Frédéric, qui semblait effrayé et gêné. Il voyait parfaitement dans l’obscurité. Il sentit quelque chose, une odeur, douce et agréable, mais ne sut pas d’où elle venait. Ses sens s’étaient perfectionnés. Il lâcha un soupir : de légers sons venaient se rajouter au tout, semblant lointains et faibles. Qui produisait ses sons? Il l’ignorait, mais ça l’irritait. Il voulait le silence.

Il entraperçu du mouvement et ramena son attention sur Frédéric, qui s’était avancé. S’il lui en parlait, essaierait-il de l’aider? S’il lui disait que Verrückt était revenu, le protègerait-il? Il ne savait pas. Et puis, comment aurait-il pu lui en parler : il n’avait ni papier ni crayon sur lui. Il soupira de plus bel, remarquant la seringue que Frédéric tenait, fit un énorme effort et se redressa, se mettant debout, adossé au mur. Il observa l’humain, qui avait légèrement reculé en réponse à son geste, pencha légèrement la tête de coté et leva son bras droit, tendant sa main, paume vers le plafond, à Frédéric, qui la prit après quelque seconde d’hésitation. Il n’avait pas envi de se battre. Il n’avait pas envi de résister. Il voulait de l’aide. Il voulait le silence.

Frédéric avait été surpris : en plus de ne pas l’avoir attaqué, Slay s’était redressé pour lui donner lui-même la permission de lui injecter les calmants. C’était étrange, mais agréable. Il n’aurait pas à se battre.

Il lui injecta le produit, retira doucement l’aiguille, passa un linge sur l’avant-bras de Slay et rangea le tout, observant l’autre se rasseoir en se laissant glisser contre le mur. Il décida de retenter sa chance. C’était une bonne occasion : il semblait amical et, surtout, calme, contrairement à la fois d’avant. Il s’accroupit devant lui, tout de même prêt à réagir, et le regarda.

- Hé, tu vas bien?

Il ne s’attendit pas à ça. Frédéric lui parlait à lui, sans lui demander de se calmer. Il lui demandait comment il allait. Il leva lentement la tête, la penchant légèrement de coté, incertain. Lui avait-il vraiment parlé ou avait-il seulement halluciné? Il planta son regard dans le sien puis, voyant qu’il attendait une réponse, il soupira, hochant négativement la tête.

- Qu’est-ce qui ne va pas?

Il faillit rire. Comment lui expliquer ce qui arrivait? Il ne pouvait pas lui dire que Verrückt était venu, soupçonnant Frédéric de ne pas le connaître d’une part et ne pouvant pas parler de l’autre part. Il se rappela la pique… elle avait du laisser une marque. S’il voyait la marque, il comprendrait. Il passa ses mains sur sa poitrine et trouva rapidement ce qu’il cherchait : une marque toute fraîche encore. Il approcha sa main gauche de l’avant-bras de Frédéric, qui sembla hésiter de nouveau, saisit doucement son poignet et lui fit toucher la marque. Il fut soulagé en voyant sa mine surprise.

- Tu t’es fait ça il y a deux semaines, non? Je l’ai lu dans le rapport… (il observa Slay, qui faisait de courtes mimiques, se tapotant doucement la poitrine en faisant non de la tête) Si ce n’est pas toi, alors qui est-ce?


C’était Verrückt! Il aurait aimé le lui dire, le lui crié même, mais il ne pouvait pas. Peut-être qu’en dessinant les lettres, il comprendrait… Il entendit cogné dans la porte, puis la voix de Yohann, qui demandait à Frédéric de revenir. Il tourna les yeux, les plantant dans ceux de l’humain, sentant sa main glisser de la sienne, le voyant partir. Il le laissait là. Il l’abandonnait.

Il ne bougea pas. À quoi ça aurait servi, de toute façon? S’il avait réagi, Frédéric aurait perdu l’infime confiance qu’il lui avait accordée. Il semblait le croire. Il l’aiderait. Puis, il sentit des picotements, comme si son sang se mettait à bouillir. Il secoua la tête. Non, il ne l’aiderait pas. Il ne le croyait pas non plus. Il ne faisait que le manipuler. Il gagnait sa confiance pour mieux le poignarder ensuite. Il voulait s’en débarrasser. Et il osait croire qu’il se laisserait faire! Il allait lui régler son compte, à lui et à tous les menteurs existant. Oui, il allait faire sa propre justice. Il était assez fort pour le faire. Il n’était plus un enfant, malmené par son père, haïs par sa mère, oublié par son frère. Même son aîné l’avait trahi. Il était sensé l’aimer. Il avait été le seul qui l’aimait, en ce temps là. Il l’avait manipulé. Toute cette bonté n’avait été qu’illusion. Il serra les dents et lâcha un cri. Il leur ferait subir tout ce qu’il avait subi.

Frédéric entendit le cri et frissonna : il était empli de rage, de peine, mais surtout, était d’une force surprenante. C’était un mauvais signe. Il jeta un œil par-dessus son épaule, voulant se convaincre qu’ils étaient bien seuls dans le couloir, se rassura en voyant que c’était le cas et ramena son regard en avant.
Cette histoire était étrange. Plus il y repensait, plus il se disait que Slay n’avait pu s’infliger une telle blessure. Premièrement, ils l’avaient attaché avant de l’emmener dans sa cellule, les mains dans le dos. Or, dans le rapport, les gardes l’avaient retrouvés détaché, étendu sur le ventre après avoir retenu la porte. Ensuite, il y avait le fait qu’absolument rien de coupant n’était à sa disposition, mis à part ses griffes, qui n’étaient ni assez longues ni assez grosses pour la blessure qu’il avait. Dans le rapport, on ne rapportait rien d’étrange : aucun objet ensanglanté, aucune trace de sang sur ses mains même, rien. Tout laissait à croire que quelqu’un d’autre avait commis cet acte. Le rapport, quoiqu’incertain, disait la même chose, soutenu par les prisonniers avoisinant qui avaient entendu une voix. Ce ne pouvait être Slay, étant muet depuis très longtemps. Alors qui l’avait blessé? Comment cette personne était entrée, puis sortie sans se faire voir? Les archives pourraient peut-être lui donner des réponses.

Il s’excusa auprès de Yohann, prétextant devoir faire un compte-rendu de la situation, tourna à l’intersection suivante et se dirigea vers la salle des archives.

Il débarra la porte et entra, la refermant derrière lui, se tournant vers l’immense salle. Elle devait avoisiner les cent mètres de long, ponctué par un bon soixante mètres de large, le tout rempli jusqu’au plafond, d’une hauteur de vingt mètres, de bibliothèques, elles-mêmes bondées de dossiers. Le tout était heureusement en ordre alphabétique. Il passa entre les rangées, cherchant du regard la bonne lettre, arriva dans la section des « S », continua son chemin, croisa la sous-section « Si » et tomba enfin sur la sous-section « Sl ». Il survola les dossiers, d’épais livres à la reliure en cuir avec une couverture du même matériau, passa deux rangées et trouva enfin celui qu’il cherchait.

Il prit le dossier de Slay, un peu plus volumineux que les autres, le glissa sous son bras, se rendit dans le fond de la salle, repéra une table, s’y installa et commença sa recherche.

La première page présentait les différentes personnes qui avaient monté ce dossier, ainsi que le nom du juge et du jury qui l’avait jugé. Quelques notes y étaient également inscrites, au bas de la page, dans une écriture qu’il n’était pas capable de lire. Il passa à la deuxième page, voyant le nom du prisonnier en haut de celle-ci, lut les premières lignes distraitement, puis, remarquant que c’était l’histoire du détenu, y prêta plus d’attention.

« Matricule : S-1749

Nom : Slay (nom complet inconnu)

Âge : environ 170 ans, l’équivalent de 19 années humaines.

Poids : 150 livres

Taille : 1,80 mètres environ (la mesure est inexacte, vu la difficulté que nous a prit l’opération)

Accusations : Le prisonnier S-1749 (Slay) a été accusé de multiples meurtres (incluant celui de ses parents), de séquestration, de voies de fait sur un garde, tentative de meurtre sur ce même garde et d’homicide volontaire sur la famille du dit garde.

Plusieurs témoins ont identifié S-1749 comme étant l’agresseur. Le garde blessé, bien qu’absent au jugement, à rempli un rapport détaillé, accusant également S-1749 d’avoir éliminer les membres de sa famille, puis d’avoir mis feu à son domicile. Voir le document en annexe.
Analyse psychologique : À son arrivé, le sujet, S-1749, présentait des troubles comportementaux. Il n’avait que très peu de lucidité. Nous avons donc convenu que moi, (Nom retiré pour cause de sécurité), pratiquant officiel de l’établissement, devrait faire un compte-rendu de l’état mental du sujet.

Le sujet, S-1749, semble instable. Il ne fait pas seulement le sembler : il l’est sans un doute. Je lui ai longuement parlé, essayant de tirer quelque chose de lui, mais il refusait de me répondre. Une obstination étrange en tenant compte qu’il se dit innocent. L’intervention de drogues a été nécessaire pour l’expérience.

Il m’a raconté son enfance, ou du moins, ce qu’il se rappelait. Le sujet est victime de pertes de mémoire intensives, autant lors de son enfance que le reste de sa vie. Lui et son frère aîné étaient battus régulièrement, pour ne pas dire plusieurs fois par jour, quelques fois sérieusement blessés. Il m’a affirmé, même si je doute que ça aurait été nécessaire, que les rapports entre lui et ses parents étaient extrêmement mauvais.

Il m’a fait part de ses expériences dans les lieux publics suivants (Noms retirés pour cause de sécurité), me racontant l’évolution de ses pouvoirs tout au long de ses séjours. Encore une fois, beaucoup d’évènements restaient flous et beaucoup d’ « entre-temps »* étaient vacants. Il semble que sa mémoire ne faisait que se détérioré au fil du temps, aggravé par l’évolution de ses capacités.

Puis, j’ai enfin compris. Ce ne fut pas simple, ni subit. Ça a prit un temps infini, ainsi que beaucoup de… rappels, pour enfin faire émerger le problème. Je m’explique.

Le sujet, S-1749, est victime d’un dédoublement de personnalité. Nous parlions (j’essayais plutôt de mettre de l’ordre dans tous ses souvenirs) tranquillement, si je puis dire ainsi, quand je lui rappelai un évènement, l’absence de son frère au jugement, mettant l’hypothèse que ce dit frère ne l’aimait plus sur le tapis. Il se mit à protester en marmonnant, puis, plus je lui disais que c’était la vérité, plus il levait le ton, pour finir par vitupérer menaces par-dessus menaces, se tenant au bout de ses chaînes, allant jusqu’à essayer de me mordre. Il était totalement différent. Il ne ressemblait plus au jeune Viparian qui était là, quelques secondes plus tôt. Il appréciait ce qu’il disait. Plus ses propos devenaient violents, plus il tirait sur ses liens. Le pauvre en bavait.

J’ai essayé de calmer le jeu. Il était déchaîné. J’ai cerné le problème (l’affirmation que le seul être qui l’avait aimé le détestait) et je fis le contraire. Je lui affirmai que son aîné, ne croyant pas un mot des accusations, n’avait pu venir, trop bouleversé. Qu’il l’aimait et qu’il croyait encore en lui. Le résultat fut immédiat : il se calma, ayant l’air de se demander ce qu’il faisait là, hébété, confus, puis il se mit à pleurer. Il demandait de l’aide, des explications. Il ne voulait pas que je le laisse seul. Que je l’abandonne. Il semblait mettre beaucoup d’importance dans ce mot.

Je puis donc affirmer que le sujet souffre de dédoublement de personnalité, de pertes de mémoire sévères causées par le premier phénomène, de plusieurs psychoses et d’hallucinations. Mon conseil est donc celui-ci : ne le contrariez pas. Une émotion négative, aussi faible soit-elle, cause ses périodes de folie. Il est dangereux et imprévisible. Je recommande qu’aucun contacte vocal ne soit établi avec lui.

*les « entre-temps » sont les périodes entre les évènements les plus importants. Je souligne ici le fait que le sujet n’a aucuns repères de temps et, ainsi, aucune crédibilité. Il semble s’être inventé une histoire et y croit dur comme fer. »

Il resta surpris. Ça expliquait beaucoup de choses… mais ne lui donnait pas de réponse. D’accord, Slay hallucinait, mais une hallucination ne pouvait pas blesser. Il feuilleta les autres pages, lisant quelques lignes des nombreux rapports qui se suivaient, sauta quelques témoignages et s’arrêta à un. C’était celui du garde qui avait été agressé, sans toutefois dire son nom, et qui avait ensuite disparu. Le garde en question décrivait, avec des détails extrêmement précis, la scène où il avait fait face à Slay, qui venait de tuer sa famille. Dans une autre écriture, on parlait de son agression. Selon cette section, il apprit que le garde avait été gravement blessé et envoyé d’urgence à quelque part, malheureusement non précisé, disant tout de même que le prisonnier lui avait tendu une embuscade. Ensuite, on annonçait sa disparition, puis la mise sous surveillance de son fils, pour enfin annuler cette surveillance après quelques semaines.

Il s’arrêta : il ne pouvait en lire plus. Il ferma le dossier, se leva, le glissa de nouveau sous son bras et sortit de la salle des archives, la mettant sous clé. Il n’osa s’imaginer dans une telle situation : gravement blessé, emmené ailleurs et séparer pour toujours de sa famille, de ses enfants, sa progéniture se retrouvant a être la seule chose épargnée par le tueur fou. Non, il ne voulait pas que ça arrive. Il ferait tout pour que ça ne se produise pas. Il continua son chemin, le regard dans le vide, avançant machinalement, la tête ailleurs, quand il entendit une sonnerie sourde, stridente, résonner. Il lâcha un soupir : les blaireaux étaient arrivés. Il changea son itinéraire, se dirigeant plutôt vers le poste de sécurité. Il ne se rappelait pas avoir vu le gardien du dit poste. La dernière fois qu’il était passé par là, il n’avait vu que son ombre, de l’autre côté de la vitre teintée, semblant étrange, tout sauf humaine. Et sa voix… elle faisait passer un courant tout le long de sa colonne. Il avait, depuis, évité cet endroit. Là, il devait y retourner pour deux… si au moins il avait su ce qu’ils étaient! Des gardes supplémentaires? Peut-être. Des machinistes? Aussi. Ils pouvaient être n’importe quoi.

Il arriva près du poste, entendant des voix, eut un affreux frisson en entendant celle de l’agent de la sécurité, entendit des pas derrière lui et se retourna. Yohann le regardait, l’air confus, mais surtout, il n’avait pas l’air ravi du tout. Il était contrarié. Ils se consultèrent su regard, prirent chacun une grande inspiration, puis, passèrent aux choses sérieuses.

Les blaireaux étaient là, droits, parlant maintenant à voix basses. Ils semblaient bien se connaître. L’un était un peu plus grand, portant un habit simple et sombre, faisant ressortir la couleur blanche de ses cheveux, attachés sur sa nuque. L’autre, à peine plus petit, l’observait en souriant, lui aussi simplement vêtu quoique dans des couleurs moins sombres, portant ses cheveux argentés courts, les yeux d’un bleu pâle étrange semblant tout voir. Ce dernier les remarqua, son sourire s’élargissant, faisant réagir son compagnon, qui se retourna. Ils furent frappés par ses yeux : ils étaient noirs, le contour de l’iris d’un doré lumineux, la pupille de la même couleur, le tout illuminant étrangement son visage. Il souriait lui aussi. Yohann passa le premier.

- Et bien! Le voyage s’est bien passé?

- Parfaitement. Quoique ça aurait été mieux sans pluie. Je me présente : Je suis Heilun, et la petite tête qui m’accompagne, c’est Sest.

- Petite tête?! Toi et ton pouce plus grand, allez vous faire voir!

- Sache que le gars avec le pouce plus grand est ton supérieur. Donc, si tu veux m’envoyer promener, fais le en disant « m’sieu ».

Les deux s’observèrent, puis, se mirent à rire. Frédéric jeta un œil à Yohann, qui haussa les épaules. Ils finirent par se calmer, lentement, puis se tournèrent vers eux, l’air simplement heureux. Heilun avança d’un pas, se mettant face à Yohann, le fixant intensément. Il attendait certainement qu’il fasse de même. Ce qu’il fit.

- Yohann et Frédéric.

- Humains.

- Vous avez quelque chose contre les humains?

- Non. Et vous, quel est votre avis sur les non-humain?

- Aucun en particulier. Tant qu’ils nous respectent, ça m’est égal. Vous, vous êtes?

- Milites tous les deux. (il ne semblait pas très heureux de l’avouer, perdant momentanément son sourire) Que voulez-vous, l’erreur d’un seul peut plonger la race entière dans le mépris! Heureusement pour nous, les demoiselles nous aiment bien tout de même!

Puis il se remit à rire, d’un rire généreux, franc. Yohann ne put retenir un sourire, ne pouvant s’empêcher de penser que ses blaireaux semblaient sympathiques. Sest, derrière, observait Frédéric, et l’humain le sentait. Un regard froid, qui le sondait de toute part, semblant s’enfoncer jusqu’au creux de son crâne, lui emmenant un frisson de dégoût, pur et simple. Il détestait ce genre de regard : scrutateur, à la recherche de la moindre imperfection. Accusateur, même. Il sut que son malaise venait de l’ouvrage, glissé sous son bras, qu’il sentait distinctement. Il se sentait coupable. Mais pourquoi? Parce qu’il voulait en savoir plus sur le prisonnier le plus dangereux? Peut-être. La réponse ne lui vint pas, mais il remarqua que, dès qu’il pensa au dossier, Sest baissait les yeux sur le volumineux livre, penchant la tête de côté. Il ne prit pas la peine de s’approcher.

- Lecture de chevet, je suppose?

- Aussi grosse soit-elle, oui.

- Intéressante?

- Oui, très.

Ils se regardèrent, Sest un large sourire sur la figure, lui d’un sérieux désarmant, presqu’hostile. Puis, il sentit quelque chose s’immiscer dans sa tête, lui chuchotant doucement. « Il est strictement interdit de sortir ce genre de lecture de l’institution, le saviez-vous? » Il lui jeta un regard aigue. C’était irrépressible : il se mettait à le détester. Ça lui était déjà arrivé auparavant, qu’un non-humain entre dans sa tête de cette façon pour lui parler personnellement, et il avait détesté. Ça empiétait sur son espace vital, sa vie privée. Il tourna plutôt son attention sur l’autre, Heilun, qui avait planté son regard dans le sien, pour en faire de même avec son compagnon, fronçant légèrement les sourcils, semblant dire : ne cherche pas les ennuis. Yohann continuait sur sa lancée.

- Sans vouloir paraître impoli, vous venez faire quoi spécifiquement?

- Spécifiquement? Notre travail. Les gens, plus haut, ont cru bon d’ajouter des effectifs d’intervention dans les institutions comme celle-ci. Donc, rien de personnel : si quelque chose tourne mal, on intervient. S’il faut en venir aux coups, on frappe. Un peu comme les imbéciles aux gros bras, sauf que nous ne sommes pas imbécile et que nous n’avons pas de gros bras.

- Alors la comparaison est erronée.

Heilun sembla réfléchir quelques secondes, perdant son sourire momentanément. Il refixa son regard sur Yohann, souriant maintenant de toutes ses dents.

- Vrai, la comparaison est erronée. Heureux de voir que j’aurai un compagnon de travail qui connait quelque chose en matière de comparaison et de métaphore. Pardonnes-moi, Sest, mais je crois que je vais me faire de nouveaux meilleurs amis.

Il se tourna vers son compagnon, lui faisant des yeux doux. Sest répondit en s’essuyant de fausses larmes, une moue de tristesse exagérée sur le visage. Ils se tournèrent ensuite vers eux, s’excusant poliment, annonçant simplement qu’ils devaient aller s’installer. Les deux humains ne leur en tinrent pas vigueur et tournèrent les talons. Ils marchèrent en silence quelques minutes, leur regard dans le vide. Chacun réfléchissait, de son côté, au sujet des nouveaux venus. L’opinion de Frédéric était sans appel : il ne leur faisait pas confiance. En premier parce que Sest l’avait trop titiller. En deuxième parce qu’Heilun souriait trop à son goût. Selon lui, ce sourire n’était qu’une façade. Il tourna légèrement la tête, observant Yohann du coin de l’œil, essayant de déceler dans son regard un quelconque sentiment, qu’il ne trouva pas. Il lâcha un léger soupir.

- Alors, tu en dis quoi?

- Pas grand-chose. Ils n’ont rien contre les humains et ils semblent sympathiques. Pour le reste, ça m’est égal. Toi?

- Ils sont étranges. Ils ont l’air trop… je ne sais pas. Une exagération de joie, peut-être. Et puis, le plus petit des deux n’a pas très bien commencé son affaire.

- Ha oui?

- Tu te rappels à quel point il est agréable de se faire entrer dans la tête, non? C’est ce que je veux dire : il commence en me sondant, pour ensuite « gentiment » me dire quelque chose que je sais déjà. Je te jure que s’il refait ça, je le frappe.

- Tu sais quoi? Je crois que tu es à cran. Ça ira mieux demain. Pour le moment, allons vérifier que tout va bien, ensuite, on rentrera à la maison. Le congé va te faire du bien.

Il acquiesça d’un mouvement de tête, légèrement contrarié. Lui, à cran? La seule chose qui l’avait mis à cran était le comportement déplacé de ce Sest! Il soupira. Peut-être avait-il raison.

Ils firent leur dernière tournée de la journée, s’assurant que tout le monde allait bien, parlèrent un peu avec quelques détenus et retournèrent à la salle du personnel, se préparant à partir. Frédéric passa de longues minutes à hésiter : emmenait-il le dossier avec lui ou le laissait-il ici? Il déposa le bout de ses doigts sur la couverture du volume, donnant quelques coups légers, le laissa là et suivit Yohann, retournant chez lui. Son confrère avait eu raison. Il sentait que ces deux jours de congé lui feraient le plus grand bien.
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MessageSujet: Re: Vengeance   Dim 26 Aoû - 21:04

Très bon!!! continue comme ça cavalier
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MessageSujet: Re: Vengeance   Dim 29 Sep - 22:46

Merci^^ J'ai légèrement changé le style dernièrement... ce n'est plus du tout pareil... peut-être une actualisation serait de mise!
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MessageSujet: Re: Vengeance   Aujourd'hui à 9:42

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