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 Vengeance... au JE. Oui, encore -_-'

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cavalier666noir
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MessageSujet: Vengeance... au JE. Oui, encore -_-'   Dim 29 Sep - 22:58

Premièrement, j'ignorais s'il fallait créer un nouveau sujet, ou simplement éditer le premier. C'est à la discrétion des administrateurs! Donc, j'ai beaucoup retouché mon travail, et voilà le résultat. Je suis présentement à la recherche de commentaires constructifs, alors faites-vous plaisir!

Ma vie, en ce temps là, était ratée. Honteuse, misérable, indésirable… Qu’aurais-je donné pour l’échanger? J’aurais volontiers tout donné : mes biens, mes principes, ma famille, ma vie. Avoir donné ma famille et mes principes n’aurait pas vraiment changé quelque chose, de toute façon, la première étant l’une des causes de cette vie si merdique. C’est par elle, par presque l’intégralité de cette entité supposément bienveillante et attentionnée, que tous ces événements se sont produits. Quand un nourrisson a le malheur de naître dans une famille qui ne l’aime pas, qui ne prête aucune attention à ses besoins primordiaux et qui s’occupe plutôt de ses bas instincts barbares, il est difficile pour l’enfant d’évoluer… correctement. D’accord, j’ai eu du soutient. Mon frère était là. Comme un ange gardien, il me surveillait, s’assurait que je ne manquais de rien, devenait même un bouclier contre les traitements violents et virulents de notre père. Des besoins plutôt bestiaux, que l’on voyait aussi chez la faune très hostile de notre écosystème, mais que je comprends aujourd’hui. C’est donc cette chose, la famille, qui m’a démoli en premier. La preuve qu’elle n’aurait été grande monnaie d’échange contre une autre vie.
Mes principes, eux… La complexité des événements qui m’ont mené à leur perte me laissent encore pantois. Je n’ai jamais été une référence en matière de valeurs, de franchise ou même de compassion. Par contre, j’ai toujours connu le respect et l’admiration. Ces deux émotions-là, je les dirige vers ceux qui sont capable de rester sur l’étroit chemin de leurs principes. S’éloigner de ce chemin est tellement facile qu’on ne le remarque qu’après avoir parcouru des milles, voire d’avoir franchi le point de non retour. Ceux qui sont capable de s’y dévouer entièrement méritent mon respect. Je me retrouve alors très en-dessous de mes propres standards. J’observe cette barre, si haute, la perdant de vue au passage des nuages, à en oublier le fondement du mot « principe ». Ces personnes si prodigieuses qui ne perdent jamais leurs valeurs morales du regard n’ont jamais vécu ce que j’ai enduré. Le passé n’est pas une excuse, je l’accorde, mais c’est ce même passé qui fait d’un homme ce qu’il est aujourd’hui.

Pour bien comprendre l’épreuve que représente le suivi des valeurs ou des principes, il faut d’ores et déjà comprendre le contexte dans lequel je me trouvais. La fresque qui compose ce contexte doit impérativement se commencer par un brouillon, soit; le monde. Cette formulation pourrait porter à confusion, surtout pour quelques incultes ici et là, mais elle est véridique, et d’une juste précision. Donc, le monde, mon monde, qui se retrouvait à être fort simple, tout en gardant une complexité étrange, au vue du manque flagrant d’innovation et de technologie. Sa forme, elle, est en tout point semblable à ce que les humains appellent la Terre : trois continents, des mers et des océans… à quelques différences près. En premier lieu, nous avons attribué des noms aux endroits importants seulement. La plupart des petits villages n’en ont pas. La faune est aussi d’un contraste alarmant : les animaux terriens sont, pour la plupart, inoffensifs et craintifs. Les nôtres sont, disons, plus… mortels. Plutôt que de s’enfuir en nous voyant, ils préfèrent nous sauter à la gorge, se servir de nous comme d’un nid ou simplement nous dévorer vivants dans d’atroces souffrances. La flore, elle aussi, a ses différences : des plantes beaucoup plus longiliques, mangeuses d’hommes, phosphorescentes, habituellement de grandes tailles… avec une absence marqué de conifères. Notre écosystème, en grande partie tempéré ou tropical, s’avère être inhospitalier pour ces types d’arbres, comme pour tout ce qui les accompagne.

L’image se précise ensuite avec les lignes importantes, soit; la situation politique et sociale. Contrairement au système humain, le nôtre repose sur une hiérarchie pseudo-monarchique, à la grande différence que ce n’est point un roi qui mène, mais un groupe. Ils se sont autoproclamés meneurs de notre petit univers, y instaurant des règles bien strictes. Suivant ces règles, ils punissent, châtient, jugent et condamnent les individus selon leurs actes, qu’ils soient vrais ou non. Dans les faits, ce serait plutôt une tyrannie à plusieurs tyrans.
Cette organisation, bien qu’injuste et loin d’être neutre, a pourtant bien lieu d’être. Contrairement à la population humaine, la nôtre se distingue par sa possession d’habiletés spéciales. Des pouvoirs, autrement dit. Nous pouvons, vraisemblablement, canaliser et contrôler notre énergie, ou l’énergie environnante, pour créer des choses telles que des flammes, ou simplement nous déplacer par ce que les humains appelleraient la téléportation. La puissance de ces dits pouvoirs, ainsi que la nature de ceux-ci, peut être différentes de personnes en personnes. La gestion des individus dangereux, selon leur puissance ou non, se retrouve donc entre les mains de l’organisation en question. Les dirigeants, juges et bourreaux se surnomment Sentinelles. Leur force de frappe, elle, n’est autre que les gardes intercontinentaux.

Notre société est étrange pour un autre point. Un humain aurait beau y chercher une horloge, une montre, une voiture ou un ordinateur, il n’en trouverait aucun. Aucune technologie ne s’y trouve. Pas parce que nous n’avons pas essayé de nous perfectionner, non. Toutes nos inventions ont seulement disparues du jour au lendemain, sans explication. Puis, à force de voir ses efforts réduits à néant, la population a simplement cessé ses expérimentations, restant, de ce fait, au niveau technologique du Moyen-âge humain. Pourtant, nous savons, pour beaucoup d’individus, que ladite technologie existe. Quelques-uns d’entre nous, ayant déjà voyagé dans le monde humain par le moyen de la téléportation, ont eu le plaisir de goûter à cette simplicité de vie. Les autres, qui ne pouvaient pas déplacer leur énergie d’un monde à un autre, ont simplement utilisé la seule « invention » qui ne s’est jamais évanouie dans la brume : les téléporteurs. Se sont des machines complexes, dont le fonctionnement est inconnu de tous, même de moi, qui permettent aux humains et à ceux de notre monde de voyager entre les différentes « réalités ». Une jolie invention qui, pour moi, est complètement inutile.

Pour compléter la fresque viennent s’ajouter les couleurs, ou les différents ethnies et cultures. Les humains se vantent d’avoir plusieurs races : noirs, blancs, asiatiques… Toutes des soi-disant races, dont la seule différence se trouve à être la couleur de la peau. La composition chimique et biologique : pareille. Les groupes sanguins : même chose. Sous leur peau, sans leur peau, ils se retrouvent tous à être des amas de chaire, de muscles et d’os sanguinolents. Ils crient tous, pleurent, supplient, croient, mentent, aiment, mangent et dorment tous. Aucun n’a d’ailes, de membres supplémentaires, de venins, d’anatomie différente. Le genre de personnes que je peux voir dans nos marchés est bien différent : des semblants d’humains à la pilosité argenté, des hommes-animaux, des créatures au corps translucides, des esprits, d’étranges mélanges bâtards entre plusieurs races… Parlant de races, commençons par les plus connues.

La première se nomme Hérouk. Les membres de cette race sont, en grande partie, adorés, voir priés, par le reste de la population. Du moins, ils l’étaient. Ils ont de grands pouvoirs, d’une puissance étourdissante, seulement égalée par leur soi-disant bonté et leur âme charitable. Ce sont les preux chevaliers de notre petit monde naïf, volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Par contre, contrairement à ce que la populace pourrait bien croire, ils n’habitent pas parmi nous, mais plutôt dans un village, quelque part, qu’ils quittent de temps à autres pour poser leurs « bonnes actions ». Malheureusement pour les reste du monde, cette si bonne et grande race s’est éteinte, et ce, un peu par ma faute, les laissant dans leurs misères habituelles. Pauvres petits êtres pathétiques.

La deuxième se nomme Milite. Ces gaillards qui, dans les premiers… moments de notre existence, étaient appréciés et haïs. Par la faute de l’un des leurs, ils ont perdu le côté appréciés, pour seulement être haïs. Le coupable, un homme entreprenant qui s’est rapidement rendu riche et qui a ensuite eu la merveilleuse idée de vouloir assouvir notre monde, se nommait Melnorha, le tyran pour les intimes. Ce Milite, envers et contre tous, a réussi à créer une armée, l’utiliser efficacement et mettre deux des trois continents à sa botte. Il était un grand meneur, se servant de son charisme pour guider ses hommes, et utilisant la technique de l’exemple contre les habitants. Avec lui, aucun avertissement ne tenait : une erreur était toujours fatale. Ce grand imbécile, comme tous ces mégalomanes qui prévoient de conquérir le monde, a fini ses jours dans sa demeure, assassiné. Par sa faute, les Milites sont restés avec une réputation sombre et amère, rappelant les siècles passés sous son régime sanguinaire. Aujourd’hui, ils sont oppressés, harcelés et évités, même si leur puissance moyenne peut se montrer utile.

Viennent ensuite les Exs, qui sont simplement la population majoritaire. Ces… coquilles vides n’ont pas vraiment de pouvoirs. Dans les faits, ils en ont, mais d’une puissance si infimes qu’ils s’en retrouvent inutiles. Certains croient qu’ils sont des humains qui seraient venus dans notre monde pour y vivre, et qui auraient développés des habiletés en y restant. Personnellement, je crois qu’ils sont la race la plus chétive et pitoyable de notre monde, si on oublis les humains.

Les quatrièmes sont les Morphoseurs. Ses petits escrocs du dimanche sont reconnus pour leurs embuscades et leurs sales coups. Ce peuple bien singulier a la capacité de changer d’apparence, pouvant se faire pousser des ailes, devenir n’importe quel animal existant ou même faire d’amusants mélanges. Avec ce genre de coupe-gorge dans le secteur, mieux vaut éviter la chasse. Ils vivent dans la plus dense forêt de notre monde, isolés de tous, faisant la guerre aux villages voisins. Ils se disent raffinés, mais ne sont en réalité que des barbares s’abreuvant du sang de leurs massacres.

La dernière connue se fait surnommé Homme-faucon. À ne pas confondre avec ces magouilleurs de Morphoseurs. Contrairement à ces enfoirés, les têtes de piaf ne peuvent pas changer d’apparence. Ils sont coincés avec leur tête d’oiseau, leurs plumes et leurs serres tout le long de leur vie. Eux aussi ont des pouvoirs, d’une puissance assez élevée pour être respectés, par les autres, du moins. Ils resteront toujours des pigeons stupides à mes yeux.

Les moins connues, elles, sont relativement simples et non-importantes. Nous y retrouvons les Arachnéens, des « centaures » mi-araignée mi-homme, qui peuvent se rendre immatériels sur demande et qui peuvent vous tuer de l’une de leur douze pattes. Les hommes-serpents les accompagnent, mélange laborieux de serpent et d’homme, qui l’aurait cru, aussi appelés Nagas par les humains. Les Estapiens s’y retrouvent également. Mis à part qu’ils sont décrits comme des montres mangeurs d’homme, une grande partie de la population ne croit pas en leur existence et se sert d’eux dans leurs contes pour enfants. Surprise, ils existent réellement… et ne sont pas si monstrueux, si on apprend à les connaître. La dernière race n’est pas si méconnue que j’aimerais bien le faire croire. Ils s’appellent… plutôt, nous sommes les Viparians. D’entre toutes les races, nous sommes de loin la plus détestée. Pourquoi? C’est légèrement compliqué à expliquer. Nos pouvoirs, ou habiletés, ont une influence directe sur notre caractère : plus nous sommes puissants, plus nous sommes agressifs, paranoïaques et imprévisibles. Contrairement aux Hérouks, nous préférons… je ne pourrais pas dire que nous sommes foncièrement mauvais, connaissant quelques Viparians qui sont aussi doux que des agneaux, mais nous sommes de loin les plus dérangés, sadiques, fous, déglingués… Pour ajouter à notre malheur, le destin a décidé de nous élever au même niveau que les Hérouks, soit au dernier échelon de l’échelle de la puissance. Chouette. Côté apparence, par contre, nous les battons à plat de couture. Plutôt que de ressembler à des humains aux yeux verts illuminés, nous abordons une apparence reptilienne. Mettez une peau de… dragon, je crois, semblant être faite d’écailles d’onyx sur un corps humanoïde, ajoutez-y des griffes rétractables, une dentition à en rendre jalouses les lames de rasoir et couronnez le tout avec des yeux sans iris, complètement blanc, qui deviennent d’un rouge sanglant quand nous devenons agressifs… et voilà un Viparian, prêt à dépecer le premier qui l’importunera. Joli? Je crois aussi. S’il y a bien une chose dont je suis fier, chez ma personne, c’est mon physique.

Les points contextuels importants ayant étés survolés, je crois que la fresque représentant la situation globale est complète. Parfait. Je commençais à trouver ses explications ennuyeuses. Passons aux choses sérieuses.

1

C’était un jour comme les autres; longs, ennuyeux, moroses et silencieux. Les seuls bruits audibles étaient les pépiements des oiseaux marins, loin dehors, qui survolaient les vagues argentés. Je les suivais du regard, installé sur le bord de la fenêtre, laissant l’odeur salée de l’eau m’envahir. La lueur du soleil qui se levait me brulait lentement les yeux, me rappelant mes journées passées dans les ténèbres. Depuis combien de temps étais-je là? Dix milles ans? Douze milles? Je ne comptais plus les années depuis longtemps. De toute façon, à quoi cela m’aurait-il servi? J’étais déjà assez mélancolique. Un sentiment d’inquiétude traversa mon esprit, embrouillant mes réflexions. J’étais incapable de me rappeler depuis combien de temps j’y étais… et je croyais avoir oublié la raison de ma présence en ces lieux. Pourquoi me trouvais-je là? Je n’arrivais pas à me souvenir des événements qui m’avaient conduit ici. Par contre, mon esprit retenait encore les paroles de ceux qui m’avaient injustement jugé.

Selon ces dites paroles, j’avais fait du mal. Beaucoup de mal. J’avais séquestré, torturé, vandalisé… des gens dont le visage ne me revenait pas. Si j’avais fait une telle chose à quelqu’un, je crois que j’aurais fait un minimum d’effort pour me rappeler de l’apparence de cette personne. C’était stupide, à un point tel que même mon sens de l’humour peu recommandable en était dégoûté. Pourquoi, pour commencer, aurais-je fait du mal à quelqu’un? Si la « victime » m’avait provoqué, alors c’était sa faute, non? Si l’individu avait donné le premier coup, alors c’était de l’auto-défense! J’aurais eu beau leur raconter tout ça, ils n’auraient pas voulu me croire. Ma race était le mal incarné. Pourquoi prendre la peine d’écouter un démon? Pourquoi tenter de comprendre quelqu’un sans morale ni amour?
Pourtant, j’essayais de me rappeler. De toute mon âme, j’essayais de mettre un nom sur les visages, de les relier avec des souvenirs, mais rien. Seulement le néant. Ma mémoire avait toujours été un problème majeur dans ma vie, depuis mon adolescence du moins. Avant, c’était différent. Par contre, je me rappellerai toujours du jour de mon jugement.

C’était un beau matin, ensoleillé, sans trop être chaud, mais légèrement humide. Le genre de matin où il est agréable d’aller marcher, de respirer l’air frais, d’entendre les rares oiseaux chanter et de juste profiter de la vie. J’avais justement décidé d’apprécier le moment. J’étais donc parti marcher, tranquillement, pour le simple plaisir d’être en paix avec moi-même. Ma promenade avait duré quelques heures, qui m’avaient parus être des minutes, pour me ramener chez moi, une petite maison accueillante. Je m’étais arrêté net. Un groupe de gardes s’y trouvait, semblant chercher quelque chose. Inconsciemment, j’avais rapidement compris qu’ils me recherchaient moi. Pourquoi? Une simple intuition. Mon esprit s’était emballé et j’avais fuis. Ils m’avaient poursuivi, m’avaient gentiment intercepté… puis le noir. Après un temps indéterminé, j’étais revenu à moi, un sac sur la tête, a entendre les supposé témoignages vides de sens, trop abasourdi pour pouvoir seulement m’exprimer. Le jugement avait duré des heures. De longues heures où j’avais eu droit à des histoires sans queue ni tête, à des insultes de très mauvais goût, enchaîné, le visage voilé. Je n’avais rien pu dire, mais j’en avais profité. Lentement, j’avais cerné l’énergie, non pas de ceux qui m’accusaient, mais de ceux qui les écoutaient. J’essayais de saisir l’énergie des membres du jury, impitoyables et injustes, et m’étais efforcer de m’en rappeler. Ça avait été relativement simple, jusqu’à l’intervention d’une vielle dame, qui avait eu tôt fait de m’insulter. Elle me traitait de tous les noms, me maudissait au nom de tous les dieux, me comparait à toutes les choses pitoyables qui pouvaient exister. J’avais ressentit une sensation étrange, comme un bouillonnement dans mes veines, puis, encore une fois, j’avais perdu le cours des événements. J’étais revenu à moi, plaqué sur le sol, confus, me demandant ce que je faisais là. La vieille sorcière criait, les spectateurs étaient d’un silence de mort. Le juge avait appelé quelqu’un qui ne s’était jamais présenté, puis, le jury avait débattu, pour me déclarer coupable. Ma peine : emprisonnement à vie.

Depuis ce jour fatidique, ma vie s’était déroulée ici. L’endroit se nommait Hictat, une supposé prison à haute sécurité, placée sur une île, au milieu de l’océan. Rien ne se trouvait à moins de cinq cent kilomètre de rayon… et les eaux étaient peuplées de créatures plus dangereuses les unes que les autres. Par contre, et fort heureusement, le fonctionnement de l’établissement était simple : les gardes m’injectaient des produits qui m’empêchaient d’utiliser mes pouvoirs, m’emmenaient de la nourriture et vérifiaient que tout se déroulait rien. Je ne pouvais donc ni m’enfuir par téléportation, ni tenter une embuscade pour prendre mes jambes à mon cou et faire un duel contre l’océan. Je ne pouvais pas non plus parler, quoique ce choix, c’était moi qui l’avait fait. J’avais eu beaucoup de visites, de beaucoup de gens. Le premier avait été un homme étrange, qui m’avait posé des questions… trop de questions. Il m’avait demandé, lui aussi, pourquoi j’avais fait tout cela. Comment aurais-je pu lui répondre? Je l’ignorais moi-même! Il m’avait posé des questions sans arrêts… Ce qui m’avait fait flancher. Je lui avais donc parlé de mon frère. Si j’avais fait quelque chose, lui devait être au courant! Ensuite, il s’était mis à parler de mon frère… doucement, au début, pour poursuivre avec des discours beaucoup plus provocateurs. Le reste de la conversation s’était effacé de ma mémoire.

D’autres étaient venus ensuite, m’interrogeant toujours, ne se satisfaisant jamais de mes réponses. J’en avais eu assez. Assez de ne jamais me faire écouter, croire ou comprendre. J’avais donc décidé d’avaler ma langue. Au sens littéral. Un coup de dents et hop! Ça avait été fini. Plus de questions. Comment interroger quelqu’un qui ne pouvait plus parler? J’avais enfin eu du contrôle sur ma vie minable de prisonnier.

De tous les crimes que j’avais supposément commis, ils avaient oubliés le seul que j’avais réellement perpétré. Je m’étais gentiment passé de le leur rappeler, ou seulement apprendre. De toute façon, je ne l’aurais jamais désigné comme étant un crime. Le mot qui m’était venu à l’esprit était plutôt « libération ». À cette époque, mon frère et moi n’étions que de jeunes enfants. Notre vie allait en queue de poisson, ou en nœud de pendu. La faute était bien sur celle de nos parents. Enthousiastes à l’idée d’avoir des enfants, ils avaient d’abord eu mon frère, qu’ils avaient aimé les dix premières années. Après, ils s’étaient mis à l’haïr férocement. Mon père l’avait considéré comme un incapable et ma mère avait perdu cette petite sensation qu’apportait la maternité. Avec espoir, ils décidèrent d’en avoir un autre, moi. Leurs espoirs furent rapidement gâchés, et ils nous rejetèrent tous deux. J’aurais tant aimé me retrouvé dans la rue, à mendier! Plutôt que de nous offrir cette chance, ils avaient décidés de nous garder. Les années suivantes avaient été un véritable enfer.
On avait été battu, torturés même, sans relâche. La mort nous avait guetté de si nombreuses fois! Mes écailles à elles seules seraient insuffisantes pour les dénombrer. Nous avions du aller nous instruire, ce qui avait été, en sois, un tout autre enfer. En plus d’avoir nos parents qui nous maltraitaient, nous avons aussi eu des enfants qui en faisaient de même. Les années avaient passées, et j’en avais eu marre. J’avais donc mis fin aux jours de mes parents et c’est penché sur leur cadavre que mon frère m’avait retrouvé. Depuis ce jour, je ne l’avais jamais revu. Ça avait été mon seul véritable crime.

Mon attention se tourna vers l’océan, toujours vers l’océan, se fixant sur les ailes argentées des oiseaux. J’enviais tant leur liberté, pas seulement celle de mouvement, mais celle d’esprit. Ils n’avaient pas à se préoccupés des réflexions, de la morale ou des désirs. L’instinct seul les guidait. Dans toutes les optiques, ses satanés oiseaux avaient eu plus de chance que moi.

Des pas résonnèrent dans le couloir et je tournai ma tête, plantant mes yeux sur l’obscurité. Selon ce que je pouvais entendre, ils faisaient leur ronde. J’espérai que ce soit les nouveaux gardes plutôt que les anciens. Ces derniers puaient la peur, m’ignoraient comme si je n’étais qu’une statue et manquaient affreusement de jugement. Qui aurait été assez stupide pour parler de sa vie personnelle devant des supposés tueurs dangereux? Eux, contre toute attente. Les nouveaux gardes étaient mieux. Du moins, ils ne me rendaient pas trop agressif. Les deux étaient humains et venaient de l’autre monde. De ce que j’avais entendu, ils étaient amis depuis toujours. Le plus vieux se nommait Yohann. Ses yeux étaient d’un brun clair orangé, ses cheveux, lisses, d’un châtain foncé et sa peau était pâle, signe d’une personne qui ne voit le jour que rarement. Le plus jeune, Frédéric, avait les yeux foncés, presque noirs, les cheveux tout aussi foncés, mais frisés, et son teint était coloré, signe qu’il passait beaucoup plus de temps dehors. Les deux devaient avoir dans la trentaine, mais le plus jeune semblait être le seul à avoir une famille. C’était aussi le plus jeune des deux qui attirait mon attention. Quelque chose chez lui m’obnubilait. Il avait un charme certain, mais sa douceur, que je trouvais irréelle, me surprenait à tous les coups.

Mon cœur se mit à battre avec davantage d’ardeur. Ils étaient maintenant à la cellule d’à côté, et leur voix parvenant parfaitement à mes oreilles, je pu dire que c’était en effet les deux humains. Ils parlaient de tout et de rien avec mon voisin, tout en lui donnant nourriture et médicaments. C’était leur routine habituelle : être le plus aimable possible et éviter d’attirer des problèmes. L’idée était bonne… mais ils ne l’appliquaient pas à l’entièreté des prisonniers. En fait, j’étais le seul à y faire exception. Le seul envers lequel ils éprouvaient de la peur, du ressentiment, du dégout… C’était déstabilisant et frustrant. Pourquoi toujours un traitement différent? Les humains ignoraient tout des Viparians. Pourquoi me traitaient-ils différemment, alors? L’homme dans la cellule d’à côté avait fait pire que moi. La femme, trois couloirs plus loin, tentait de tuer les gardes à plusieurs reprises par jour. Pourtant, ils avaient droit aux blagues, à la gentillesse et à la douceur des humains. Ça me mettait en rogne. Leur comportement avait le don de me rendre agressif.

Leurs pas se firent de nouveau entendre, me sortant de mes réflexions. Je pouvais déjà sentir l’étrange mélange d’adrénaline et de rage qui montait en moi, faisant bouillonner mes veines. Pas seulement de l’adrénaline… de l’envie, aussi. J’aurais aimé pouvoir parler, avoir la chance de mener une conversation avec cet humain, dont la gentillesse m’intriguait tant. Pouvoir le toucher. Un seul contacte, un frôlement, une sensation… quelque chose qui pourrait me donner l’impression d’être vivant, qui pourrait confirmer que la douceur de ses gestes était égale à celle de sa peau. Ce serait certainement impossible. Les seuls contactes auxquels j’avais droit se retrouvant à n’être que violence et brusquerie. Comment être coopératif et compréhensif si ceux avec qui je dois interagir ne le sont pas? Bonne question. Plus facile à demander qu’à répondre.

La clé tourna dans la serrure et je descendis du rebord de la fenêtre pour retrouver le sol si hostile, aussi gelé qu’une banquise. Tout dans cet établissement semblait ne pas vouloir de moi. Les nuits étaient froides, le plancher était de glace, les gardes étaient arrogants et présomptueux, la nourriture était infecte… Que m’emmenaient-ils à manger, cette fois? J’espérai que ce soit quelque chose d’une ressemblance minime à de la viande. De la bonne viande tendre, juteuse fraiche et regorgeant de sang… Mon esprit s’arrêta. Pourquoi mon esprit s’imaginait-il quelqu’un plutôt qu’un morceau de charcuterie? Je stoppai net mes réflexions, qui m’avaient encore emmené loin du moment présent. La porte s’ouvrait. J’eus le réflex de reculer dans un coin de ma cellule, du même côté que la fenêtre, me confondant parfaitement dans la noirceur. Pourquoi ne pas les forcer à s’intéresser à moi? Un léger sourire m’échappa, et je me dépêchai à le cacher. Voyons voir.

La porte s’ouvrit complètement, découvrant en effet les deux humains, me faisant raidir. Les voilà, devant moi, éblouis par le soleil de la fenêtre, incapables de me voir, inconscients du danger qui les guettait, complètement sans défenses… Stop! Cesses de penser à de telles choses! Esprit stupide et malade. Mon regard resta fixé sur eux, les examinant, et je dus me retenir pour ne pas bondir. La porte était grande ouverte et, derrière elle, se trouvait la liberté!

- Montre-toi. On sait que tu es là. Allez.

Cette voix, si douce, était comme un baume pour mes oreilles, une mélodie pour mon cœur… J’avançai d’un pas, exposant ma silhouette dans la lumière. Comme toujours, leurs yeux s’agrandirent. Ils semblaient ne jamais se lasser de remarquer à quel point j’étais différent d’eux. Je regardai dans leurs mains, remarquant les médicaments dans celles du châtain, et un plateau de nourriture dans celles du doux frisé. Ledit plateau portait un bol de bois remplis d’une bouillasse semblant infecte et d’un bout de pain sec. Beurk. Qui voudrait manger une telle chose? Même un rat n’en voudrait pas. Je m’approchai du châtain, Yohann, tendant doucement ma main, les griffes légèrement sorties. Ma frustration devait être visible. Je pouvais deviner, à voir leur visage, que mes yeux étaient maintenant rosés, la pupille ovale plutôt que ronde, et que mes écailles s’étaient redressées. Ils avaient bien écouté les conseils de leurs prédécesseurs. Je refis un mouvement de la main, plus sec que le premier, démontrant clairement mon impatience. Pourquoi ne me donnait-il pas ses foutus médicaments?! Il finit par me les tendre, du bout des doigts, et je les pris brusquement, presque sauvagement, ignorant complètement le plateau. Hors de question d’avaler ça. Mon corps était quelque chose dont je devais prendre soin, pas une poubelle. Au diable la nourriture. J’avais pu m’en passer les deux jours d’avant, pourquoi pas aujourd’hui? Douce eau… ma meilleure compagne. J’avalai les comprimés, allant m’asseoir sur mon lit, et croisai les bras. Ils allaient partir d’une minute à l’autre et je pourrais retourner près de ma fenêtre. Cette fenêtre… seule source de réconfort dans cette maudite prison. C’était le seul endroit où je me sentais bien. Le seul qui ne me semblait pas hostile, contrairement au sol froid, au lit dur et inconfortable et à la noirceur totale. Ma fenêtre à moi…

Un frisson me parcourut. Quelque chose me touchait. Je tournai les yeux, remarquant Frédéric, tout près de moi, une main sur mon épaule. Il semblait vouloir se faire rassurant, pensant sans doute que c’était par problème d’humeur que je refusais de me nourrir. Si j’avais eu mes pouvoirs… Son esprit se serait ouvert à moi, ses souvenirs, pensées les plus personnelles, auraient été miennes! J’aurais su si la lueur qui faisait briller ses yeux était de la pitié ou de la gentillesse. Je fixai ses yeux vifs, me doutant qu’il allait tenter de me convaincre. Trois, deux, un…

- Écoutes… je sais que ce doit être difficile. Toujours la même chose, toujours les même gens, les même paysages… Malgré tout, tu dois manger quelque chose. Quoi qu’il puisse y avoir, ça ira mieux après un bon repas…
Aller mieux!?! Comment pourrais-je aller mieux! Imbécile. Humain stupide! Je me redressai brusquement, écartant sa main d’un coup d’épaule. Mon sang bouillait. Comment cette bouillasse infecte me ferait-elle aller mieux?! Mes yeux se fixèrent sur lui, et je captai l’odeur de la peur. Mon sang continuait de bouillir… c’était douloureux. Ma vision s’embrouilla, accompagnée par un mal de crâne affreux. L’odeur de la peur… sueur… adrénaline… sang… le sien. Mon esprit perdit les pédales. Je pouvais distinctement le sentir. Une sensation de déchirure, comme si les rênes qui contrôlaient ma rage étaient partis en éclat. D’un mouvement vif, je bondis.
Mes mains saisirent l’humain à la gorge, le soulevant de terre, et mes griffes s’enfoncèrent dans sa nuque. Serrer… empêcher l’air d’entrer dans ses poumons… mettre assez de pression pour entendre le craquement de ses os… D’un mouvement habile et inné, l’humain assena un coup dans mes articulations, me faisant relâcher ma prise. Son instinct devait lui crier de se libérer, de fuir. Ses cris devaient être aussi forts que les cris du mien… mais contraire. Je devais le rattraper. Où se trouvait-il? Près de la porte. Le voilà. Penses-tu vraiment pouvoir m’échapper? Seras-tu assez rapide pour m’enfermer de nouveau avant mon arriver? J’en doute. Mon corps en entier s’élança, chargeant la porte, qu’ils tentaient de refermer. Ils étaient trop lents. Beaucoup trop lents. Mon épaule frappa le fer, repoussant les humains, qui se retrouvèrent sur le sol, désorientés. Ils étaient en position d’infériorité. Je m’élançai immédiatement vers le frisé, lui bondissant dessus sauvagement. Sa gorge… je devais la mettre en miettes. Je devais broyer ses os. Mes mains reprirent place sur son cou, se remettant à serrer. Ses yeux démontraient sa panique. Ils étaient grands ouverts, me regardant l'’espace de quelques secondes, cherchant une solution. Il n’y a aucune solution, mon petit. Aucune sinon ta mort.

Ses yeux se fixèrent sur quelque chose à ma gauche, animés maintenant d’une lueur d’espoir. Je n’eus pas le temps de tourner la tête. Un coup me frappa dans les côtes, me faisant lâcher prise pour la deuxième fois, me faisant rouler à la gauche de Frédéric, qui s’écarta rapidement. Qui avait fait ça? Mes yeux cherchèrent le coupable, voyant le deuxième humain, Yohann, qui se ruait vers moi. Aucune peur, seulement de la rage. Il se retrouva sur moi en moins de quelques secondes, me plantant rapidement quelque chose dans le cou. Douleur. Qu’avait-il fait? Je réussis à libérer l’une de mes jambes, la ramenant contre moi, et poussai sur l’humain, que je réussis à faire lâcher. Je me remis debout rapidement, marchant vers lui. Penses-tu pouvoir t’en sortir comme ça? Je m’approchai davantage et lui assenai un coup de pied à la tête, le regardant se tordre dans tous les sens… Non, ce n’était pas lui qui bougeait ainsi. Ma vision défaillait. Je secouai la tête et titubai sur le côté. Il m’avait drogué. Je luttai, sentant le monde tourner autour de moi, pour finir par m’effondrer.

Mon sang reprenait sa forme normale. Plutôt que de n’être qu’une vapeur fiévreuse qui m’alimentait comme une machine, il avait repris sa forme liquide, se remettant à couleur dans mes veines normalement. Mon esprit me redonna les commandes, me soustrayant à mon précédant rôle de spectateur. Pourquoi avais fais-je ça? Pourquoi avais-je agis de la sorte? Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi! J’entendis des pas et tournai mollement la tête, voyant les deux humains me surplomber. Depuis quand étaient-ils quatre? Ce sont des amis à vous…?

- On y a échappé bel… Tu vas bien?

- C’est superficiel. Allons-nous devoir appliquer la procédure?

- J’en ai bien peur… Trois jours sans rien avaler, en plus d’une agression. Il l’a bien mérité.

- Ne dis pas ça…

- Pourquoi?! Tu as vu dans quel état il t’a mis? Comment vas-tu expliquer ça à ta femme et à tes enfants?! Tu as trop bon cœur pour ce métier de merde.

Humm… Humain? Le sol est froid. Dites à vos jumeaux de cesser de se quereller… Ils ramenèrent leur attention sur moi, suspicieux. J’avais sans aucun doute produit un son guttural étrange, qui avait du être empiré par la bave qui coulait à flot dans ma bouche. Je pouvais la sentir couler le long de ma joue, pour se répandre sur le sol… Un sentiment d’humiliation m’envahit : je bavais comme un animal enragé et eux m’observait comme si je n’étais qu’un phénomène de foire. Ils me saisirent, me soulevant de terre, et me traînèrent dans les longs couloirs rieurs, me semblaient-ils, m’emmenant directement à l’infirmerie. Un rire monta en moi, remarquant la porte qui se tortillait comme une femme, et je finis par céder, une image de mon ancienne épouse refaisant surface. Les couloirs riaient de la situation, alors pourquoi pas moi? Nous traversâmes la porte, qui nous laissa gentiment passer, me faisant penser davantage à une catin qu’à une femme digne de ce nom, nous laissant voir son intérieur. Une table tortueuse en pierre sombres, de grandes étagères dansantes en bois massif, décorées d’épais cadenas en fer, des vitrines, des sangles de cuir finement travaillé… À quoi pouvaient bien servir les sangles? Sur un autre meuble, la réponse aurait été plus claire… Une devinette? C’était une devinette! Pourquoi la table avait-elle besoin de sangles de cuir? Pour fouetter les mal élevés? Non, elles étaient trop courtes pour fouetter. Pendant mes réflexions, les humains continuaient de me faire avancer, vers cette même table qui attirait tant mon attention, jusqu’à essayer de m’y faire monter. Je me braquai, entendant dans le fond de mon crâne les menaces de mon père, refusant d’approcher le meuble. Si je l’approchais, mon père me tuerait. Pire, il jouerait avec moi des heures durant, m’arrachant écaille par écaille, pour me les faire avaler. Ma gorge se retrouverait alors si lacérée qu’on pourrait voir en travers aussi facilement que dans une fenêtre!

Avec beaucoup d’efforts, ils finirent par avoir raison de mes muscles paresseux. J’essayai de leur crier le danger, de leur dire que mon paternel nous verrait et nous puniraient, mais ils n’entendirent rien sauf des gargouillis baveux. Brusquement, ils me tournèrent, me plaquant durement contre la pierre froide, pour passer mes bras, mes jambes et mon cou dans les différentes sangles. Leur utilité n’était maintenant plus un secret pour moi… mais à quel prix? Ils les resserrèrent autour de mes membres, m’étranglant presque, puis se détournèrent de moi. Pourquoi m’avaient-ils attaché? Les écailles sur mes bras et mes jambes m’empêchaient de souffrir, mais mon cou, lui, semblait se faire râper par le cuir.

Qu’allaient-ils me faire? Étaient-ils allés chercher mon père? Si c’était le cas, je serais mieux mort. Il allait certainement, le connaissant, m’ouvrir le ventre de ses griffes, me laisser contempler mes viscères tout en me faisant la morale sur mon appétit grotesquement monstrueux. Ensuite, peut-être les remettraient-elles en place. Dans le cas contraire, il les grignoterait du bout de ses dents, pour les arracher avec lenteur, pour me faire sentir chaque étincelle de douleur… Pas mon père, je vous en pris! Tout mais pas lui!
Les minutes me semblèrent être des heures. De longues heures où mon esprit me faisait vivre et revivre les divers scénarios de torture, sensations incluses, me faisant me tordre et geindre comme un enfant. J’étais trop durement plongé dans ses hallucinations pour remarquer les humains qui me fixaient, décontenancés par mon comportement particulier. Une heure passa, deux touts au plus, avant que je reprenne mon calme, trop épuisé pour continuer de me débattre. Mon cou brûlait, réchauffé d’avantage par un liquide chaud et épais. Mes poignets et mes chevilles se trouvaient dans le même triste état. Mon corps tremblait, je pouvais le sentir, comme des castagnettes possédées par un démon frénétique. Leur silhouette reprirent place dans ma vision, me rassurant et me pétrifiant de peur par la même occasion. Ils tenaient quelques objets qui ne m’étaient pas familiers. Un genre de tube avec un embout étrange, une gourde en peau remplie d’une mixture inconnue… Frédéric s’approcha davantage, dirigeant sa main vers mon visage, et je tentai de l’esquiver, sans succès. Il saisit mon nez, m’empêchant de respirer par ce dernier, me faisant prendre une grande inspiration par la bouche. Yohann profita de cette ouverture et y inséra le tube, l’enfonçant profondément dans ma gorge. Je faillis m’étouffer et vomir à la fois, chose que je croyais impossible, incapable de respirer.

C’est après la procédure que je me souvins du nom de ladite technique. Quelques fermiers près de chez nous l’utilisaient fréquemment sur les petits qui avaient perdus leur mère. Dans ce temps là, nous étions trop petits pour comprendre le mot « gavage ». Cette journée là, je découvris ce que c’était assez personnellement.

J’avais perdu la notion du temps. Depuis combien de minutes, heures ou jours me souillaient-ils de la sorte? Oui, je me sentais souillé, violenté, forcé d’avaler une bouillie encore plus infecte que celle que je refusais d’ingurgiter. Mon estomac me faisait souffrir. Ma gorge était enflammée et sèche. Au moins, ils me laissaient respirer, de temps à autres.
Ils me relâchèrent, écoutant ma toux profonde, se contentant de m’observer. Les deux semblaient éreintés, sauf Frédéric, qui avait, en bonus, une expression de regret sur le visage. Trop tard pour regretter. Tu vois dans quel état tu m’as mis? Le corps n’est rien comparé à l’esprit! Tu as mutilé mon intégrité! Si mutilé que tu pourrais nager dans tout le sang qu’elle à perdu! Malgré mon épuisement évident, j’avais tout de même l’envie pressante de lui faire regretter ce qu’il venait de me faire vivre. Plutôt, ce qu’il venait de me faire endurer… La sélection des mots était très importante pour moi.

La fatigue de côté, je pouvais remarquer, par contre, que mes sens me revenaient. Progressivement, lentement même, mais ils revenaient à leur propriétaire, cherchant peut-être à s’excuser de m’avoir abandonné. « Pardonnes-nous, diraient-ils, nous ne voulions pas te laisser seul avec ces bourreaux. Ils nous ont forcés, je le jure! » Je me sentis ridicule, tout d’un coup, m’imaginant mes sens qui parlaient comme de vrais êtres vivants. C’était pathétique. Qu’étais-je devenu? Comment avais-je fait pour tomber aussi bas? Ce devait être la fatigue. Oui! C’était ça. J’étais simplement exténué. Demain, tout irait mieux. Je retrouverais ma belle fenêtre…
Lentement, ils se rapprochèrent de moi, en douceur, essayant de ne pas me brusquer. Avaient-ils eux-aussi remarqué que mes sens revenaient? Ils vinrent tout de même près de moi, me détachant, désanglant plutôt, et me prirent chacun par un bras, me ramenant à ma cellule. J’aurais certainement dû intervenir à ce moment là. Essayer de combattre, de me libérer. Mais mon esprit et mon corps ne voulaient rien entendre. Ils étaient en plein délire absurdes, s’imaginant que tout irait mieux en retrouvant ma douce fenêtre. Qu’aurait dont penser mon frère en me voyant à ce moment là?
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